Devant ton écran

Gentil bâtard (Divinity II Ego Draconis)

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Quand j’arrive au petit pont sur la rivière, je suis pas beau à voir. Le mage gobelin m’a crêpé les cheveux façon barbecue avant que j’éteigne sa tribu, les hordes de squelettes sauvages m’ont mordu, griffé et un petit peu éviscéré, je pue de la gueule à force de m’être versé de longues rasades de vin, de potions au goût douteux, et de bière trappiste afin de regagner quelques gouttes d’énergie magique, et d’ailleurs les munitions manquent. Petit Poucet de la castagne, on me suit à la trace grâce aux cadavres pas tous biodégradables que je sème dans les bois. Bref, pas de l’excursion de petit joueur, tu repasseras pour les sensations bucoliques. Et là, cinématique, arrive un agent immobilier qui me propose d’acheter une maison pas cher dans le village du coin. Ca doit être la crise épique des subprimes dans la contrée. Mec, à cinquante mètres y’a une TOUR EN RUINES OU VIT UN MAGE DRAGON ZOMBIE, et le TEMPLE DU MAL MALEFIQUE DE LA NUIT ET SES HORDES DE ZELOTES est à quoi ? deux cent mètres à droite ? Quesse tu fais là ? Tu veux me vendre une maison ? Et puis quoi encore, une cheminée en pierre de taille et un monte-personne ? C’est que j’ai un univers à sauver moi.

Divinity II : Ego Draconis, auquel je viens de consacrer une dizaine d’heures, ne manque pas de non-sequitur, d’ellipses incompréhensibles, de coq à l’âne. Quand le jeu se met à te raconter que tu es un chevalierdragonquidoitsauver lemondedumaldesderniersdragonsdontlesmageszombiesducrépuscule manipulentlapuissanceopaquepourdétruire… c’est un peu comme quand ton collègue te raconte pour la vingtième fois ses vacances de l’an dernier à Knokke le Zout, tu branches ton baladeur mental et tu fais lalalala sans vraiment écouter. Les quêtes proposent souvent plusieurs solutions, tout en échappant au manichéisme habituel ; elles ne sont pas pour autant inoubliables, mais font souvent preuve d’un  sens de l’humour qui fait qu’on  pardonne au jeu ses lourdeurs.

Des combats plutôt dynamiques

Fermement B, Ego Draconis (auquel j’aurais dû préférer le reboot étendu Dragon Knight Saga), est un jeu du studio belge Larian, qui se rattache à cette école teutonne du RPG, biberonné à la Pils et à Gothic. Malgré tous ses défauts, et sans atteindre le niveau d’un Risen ou d’un Witcher,  le jeu a le mérite de proposer autre chose que le polissage façon New-Bioware. Héritier du novateur Divine Divinity qui mixait en 2002 de manière convaincante Diablo-like et RPG classique, Ego Draconis a gardé quelque chose du sympathique bâtard, mêlant adroitement combats très orientés action, développement des compétences et loot bien troussés, exploration n’interdisant pas l’école buissonnière. Si Larian s’inspire fortement des productions Piranha Bytes, Ego Draconis est plus léger qu’un Gothic, on y prend peut-être un plaisir plus accessible, encore que moins intense.

Ca plane pour lui

Le jeu fonctionne surtout grâce un sens très sûr du gameflow ;  les petits donjons succèdent aux balades dans les bois, qui changent des passages dialogués. Divinity II réussit aussi à combiner une relative liberté – la quête principale est assez lâche et demande de toutes façons de prendre son temps, le système de jeu permet tous les panachages de compétence – et un bon niveau d’exigence : le moindre pouce de terrain est conquis de haute lutte, ce qui donne à l’exploration tout son intérêt. Les combats manquent peut-être de sensations, les coups de poids, mais un sens du placement et de l’improvisation sont nécessaires pour sortir vainqueur des affrontements contre des ennemis plutôt agressifs.

Simple et frais comme une bonne bière, Divinity II n’est sans doute pas le meilleur RPG du moment, malgré une production plutôt honorable pour un jeu de son standing. Il a cependant le mérite de ne pas trop se prendre au sérieux : Larian nous invite à la bonne franquette à vivre une aventure joyeuse, à fesser du monstre et à devenir le plus costaud de l’univers. La routine, mais dans la bonne humeur.

Written by Martin Lefebvre

10 mars 2011 à 18:46

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