Devant ton écran

Flamboyant (Gothic)

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gothic

En débarquant dans le monde de Gothic, tu mets les pieds en territoire hostile. D’abord, tu retrouves les textures baveuses de 2001, et puis tu joues un gars qui porte un bouc et un catogan, ça fait beaucoup pour un seul homme, fût-il de polygones. Le tout avec des contrôles médiévaux et une interface carrément paléolithique. T’en fais pas, tu vas t’y faire, et tu vas aimer ça : Gothic est un joyau d’architecture vidéoludique.

Les Allemands de Piranha Bytes plantent le décor dans un lieu marginal. Certes, tu te retrouves en heroic-fantasy, orcs inclus, mais te voici jeté dans une colonie pénitentiaire bouclée par un sortilège un peu trop efficace, où les prisonniers extraient un minerai aux propriétés magiques. Les détenus, pris au piège, se sont révoltés et ont recrée une société en miniature. Ils survivent en échangeant le précieux métal contre des vivres livrés de l’extérieur. Au fil du temps, trois camps se sont constitués. Le « vieux camp », basé dans les ruines de la citadelle pénitentiaire, que redouble une palissade de fortune (qui te fera furieusement penser à celle qui entoure le Megaton de Fallout 3) est dirigé par un « Baron du minerai », le peu sympathique Gomez. A l’image d’un maître arrogant et cynique, ce camp fourmille de petits chefs et de caïds à la petite semaine qui ne songent qu’à exploiter la situation. Le « nouveau camp » ne vaut guère mieux : une bande de mercenaires et de voleurs assemblés par un général déchu dans un village troglodyte façon Mesa Verde. Et je ne te parle pas des cinglés qui se terrent dans les marais : ils passent leur temps à dealer de l’herbe et à faire des courbettes devant des gourous peu causants, espérant réveiller un dieu qui les sortirait de ce pétrin. Fichus camés.

Tu vois, la colonie n’est pas fort accueillante. Tu seras battu, moqué, écrabouillé par la faune locale, et le tout sans quickload, avant de te faire une place et de devenir un impressionnant badass. Le premier chapitre du jeu sera l’occasion de faire du tourisme et de découvrir les charmantes coutumes locales. Il sera ensuite question de rejoindre un des camps, et de chercher un moyen pour sortir de ce trou à rats. Gothic est un jeu linéaire, la quête principale (une trentaine d’heures) ne laisse guère que le choix des moyens. Après tout, tu as l’habitude, tu es prédestiné, comme toujours. Mais tu auras l’occasion de faire du hors-piste, et tu prendras plaisir à explorer un terrain qui, faute d’être très étendu, cache de nombreux secrets. Ainsi il te reste de grandes plages de liberté, et il faudra un peu suer pour mériter une nouvelle armure ou une arme bien tranchante. Pour cela il faudra maîtriser un système de combats en temps réel qui sans être riche, demande un minimum de réflexion pour éviter d’être débordé. La difficulté des premières heures de jeu, sans être excessive, demande une prudence et une méthode qui rendent la classique progression en puissance extrêmement gratifiante. Si au début de l’aventure le moindre loup pelé constitue une menace terrifiante, dix heures plus tard tu te friteras des groupes entiers, au bout de vingt heures tu prendras ton courage et ta hache à deux mains pour défier des trolls, et tu finiras par faire voltiger ta francisque sur des bataillons d’orcs, un petit sourire suffisant aux lèvres. Rien de plus classique, mais malgré des allers-retours parfois lassants, le rythme est presque parfait.

Et puis ce qui emporte la mise, c’est ce je ne sais quoi qui fait de Gothic un jeu hors du commun. Peut-être cela tient-il à la délicieuse ironie des dialogues, qui sans jamais tomber dans le clin d’œil facile, montre que tout cela n’est pas à prendre au sérieux. Les habitants de la colonie sont d’indécrottables cyniques, des illuminés, de joyeux fatalistes. Malgré un doublage anglais peu inspiré, tu apprécieras la qualité de l’écriture. L’ambiance, tantôt poisseuse, tantôt mystérieuse, souvent comique, ne cessera de t’émerveiller, à mesure que tu feras connaissance avec ce monde de merveilleux salopards et que tu t’y tailleras une place. Les graphismes, tout datés soient-ils, ne manque pas de contribuer à cette fascination qu’exerce Gothic. Si les paysages manquent de variété, ils n’en sont pas moins marquants, grâce à un relief torturé, parsemé de ruines qui constituent autant de points de repère. Et puis il faut parler des couleurs : le mauve des fins d’après-midi, les reflets dans les mines abandonnées, le flamboiement des laves… La nuit, tu lèveras peut-être la tête pour regarder les étoiles filantes. Et alors tu sauras que tu joues à quelque chose de pas banal, un jeu qui te marqueras. Ou bien, tout bêtement, tu approcheras d’une tour inquiétante. Tu affronteras un golem. Tu rencontreras un personnage qui t’a aidé par le passé. Tu escaladeras la rampe qui mène à l’entrée, et tout d’un coup des harpies te sauteront dessus. Tu les vaincras. Tu auras vécu une aventure, et tu trouveras simplement cela bon.

Après tout, va savoir pourquoi.

Va jouer à Gothic.

NB : Gothic est disponible sur GOG à un prix abordable, et tourne sur à peu près n’importe quelle machine récente. Tu peux aussi lire ce que j’ai écrit sur sa suite, mais je te conseille de commencer par le premier épisode, dont je suis, comme tu as pu le constater, passablement gaga.

Written by Martin Lefebvre

7 juillet 2009 à 21:06

Publié dans Critique

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3 Réponses

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  1. Bonsoir,

    Je suis le rédacteur en chef de RPG France, et je passe régulièrement sur votre site, que j’apprécie énormément, soi-disant au passage !

    Je suis par ailleurs un gros fan de la série Gothic (même si je n’ai jamais joué au premier opus, seulement au second et au troisième) et admin de Gothic France ! J’ai trouvé votre article tout simplement excellent, je vous ai logiquement consacré une news sur le portail de RPG France:
    http://www.rpgfrance.com/?p=8945

    Bonne continuation !!

    Phenos

    12 juillet 2009 at 01:11

    • Merci pour le lien camarade ! Je ne connaissais pas ton site (tu permets, je dis tu, parce que je sais que tu passes trop de temps devant ton écran), je vais m’empresser de le découvrir !

      Martin Lefebvre

      12 juillet 2009 at 14:22

  2. Oui c’est vrai que je passe trop de temps devant mon écran, comme tous ceux qui rédactionnent sur le net ^^.
    Je prend un grand plaisir à te lire, heureusement que les blogs indépendants existent et que nous avons autre chose à nous mettre sous la dent que la soupe à la grimace des sites généralistes :p

    Pour RPG France, nous sommes sur le web depuis ‘seulement’ 5 mois, donc nous sommes relativement peu connus. Malgré cela, on est arrivé à se positionner deuxième site de RPG en France, ou premier, en fonction des articles proposés et de la saison. J’essaye d’y parler d’autre chose que le classique blabla du newseur qui a son quota à faire pour la journée. Bref, d’indies, des acteurs français du jv, de la vie web et avoir une version fraiche des choses, ce qui n’est pas toujours facile ^^.

    Ton blog assume cette ligne éditoriale à 100%, alors j’adhère c’est certain🙂.

    Au plaisir de te relire😉

    Phenos

    12 juillet 2009 at 17:37


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