Devant ton écran

Qui jeu suis ?

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Pourquoi tu joues ? Je ne sais pas. Question piège, à laquelle une nouvelle de l’écrivain roumain contemporain Mircea Cărtărescu m’apporte cependant un élément de réponse. Tirée du recueil Pourquoi nous aimons les femmes (Denoël), qui vaut mieux que son titre, « Qui suis-je » ne parle pas directement de jeu vidéo, mais d’un test informatique de personnalité. Le narrateur, qui s’ennuie, trouve sur un vieux CD un programme intitulé « Qui suis-je ». Il s’agit de sélectionner et de placer les éléments d’une villa et de son jardin, afin de déterminer son profil psychologique.

Le narrateur choisit donc un bâtiment, place une mare, un serpent… Et appuie sur F4 pour valider un décor qui lui paraît harmonieux. Le programme, impitoyable, délivre alors la sentence : il n’y a qu’un conformiste de la pire espèce pour imaginer pareil tableau, à peine digne de la créativité d’un expert-comptable. Evidemment, le narrateur est hors de lui : comment un stupide ordinateur peut-il le mépriser de la sorte ? Il s’imaginait bien différent.

Dans pareil cas, la réaction va de soit. Le personnage relance le programme et fait de son mieux pour bousiller le paysage : villa atroce, mare devant la porte, serpent gigantesque prêt à bouffer les passants… F4, et c’est gagné ! Les éloges tombent sur le fantastique artiste qui a eu l’audace de créer cet enfer de pixels. Nul doute qu’il finira acteur à succès, couvert de dollars et adulé des femmes.

Cărtărescu conclue ainsi cette anecdote : « Comme ce serait bien de pouvoir choisir dans notre vie quotidienne, comme dans mon petit jeu, un  soleil grand ou petit, des lacs ou des arbres de formes et de couleurs différentes, des serpents grands ou inoffensifs selon notre volonté !  Construire un moi toujours différent  et toujours fascinant. »

Il me semble pour part qu’il y a de cela dans ma manière de jouer, que ce soit à Minecraft ou à un RPG, une manière de se réinventer et de se persuader que « jeu est un autre », si tu me passes le piètre jeu de mots.

Written by Martin Lefebvre

6 février 2011 à 11:14

Publié dans Divagations

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3 Réponses

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  1. Très belle mise en relation. J’avais aussi tenté une réflexion dans Minecraft en posant cette question : « Que faire devant autant de possibilités ? »

    Cette nouvelle semble vraiment bien. Je suis très friant de la comparaison entre le jeu et la littérature😉

    Nicolas

    6 février 2011 at 14:02

  2. C’est intéressant cette vision du jeu comme un « l’Etre et le Néant » vidéoludique » :p

    Alexis

    8 février 2011 at 15:21

  3. Je t’avoue ne pas suivre Alexis, mais c’est parce que je connais trop mal la philosophie de Sartre.

    Martin Lefebvre

    8 février 2011 at 16:56


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