Devant ton écran

L’enfant gâté (Costume Quest)

with 3 comments

Quand tu lances la démo de Costume Quest, comme ça pour voir, il y a un gosse aux grands yeux qui te sourit et te demande de le choisir comme avatar. Après tu enfiles pour Halloween un costume de robot transformable bleu en carton et tu vas choper des bonbecs chez la voisine. Et puis ton petit frère (ou ta petite sœur, selon ton choix) se fait enlever par des affreux streumons : tu peux décidément pas arrêter là, tu es tout guimauve et tu sors la carte bleue.

Faut se méfier du regard enjôleur des enfants. Oh, attention, Costume Quest est un gamin très intelligent et créatif. C’est le bébé de la directrice artistique Tasha Harris, une ancienne de Pixar, à qui Tim Schafer, le boss de Double Fine, a laissé entière liberté. Pour faire court, après les difficultés rencontrées par Brütal Legend, et face à un avenir incertain, le studio s’est consacré au développement en parallèle de quatre mini-projets. Le RPG-light Costume Quest est le premier né de la fratrie, et comme on pouvait s’y attendre, il déborde de charme : non seulement les animations et la conception graphique sont splendides, mais l’univers développé par Tasha Harris mettra du baume au cœur du plus endurci des joueurs.

Choupi ! Kawaiiii ! Cuuuute !!!

A travers trois niveaux (les rues d’une banlieue middle class, un Mall et une fête foraine), le jeu explore une enfance à la fois fantasme d’innocence et pleine de vacheries, avec un sens du détail qui fait mouche : la petite fille costumée en princesse qui demande de ne pas toucher sa robe parce que « c’est de la soie vous savez », le garçon qui espère être le seul déguisé en banane cette année… L’ambiance, entre quotidien et fantaisie évoque des classiques du RPG comme Mother ou Pokémon.

Trick or Treat ?

Tout irait pour le mieux, si au bout de deux heures à peine tu ne commençais pas à te rendre compte que le bambin ne songe qu’à se gaver de calories creuses en regardant des conneries à la télé. Pour le dire autrement, il y a un absent dans Costume Quest, et cet absent est le gameplay. Explorer les (petits) niveaux, discuter avec les personnages est plutôt plaisant, mais pour obtenir une durée de vie acceptable (quatre heures environ pour voir la fin) les développeurs ont été obligés de rallonger la sauce, au point d’engraisser le petiot, et de gaver le joueur. Imaginez un RPG qui s’inspire des combats en temps réel de Paper Mario mais qui éliminerait toute difficulté et toute variation. Passé un certain point, les affrontements s’enchaînent sans qu’il y ait de la part du joueur le moindre effort de réflexion : invariablement une seule stratégie basique demeure efficace, et une bonne moitié du temps de jeu est ainsi consacrée à une tâche répétitive et monotone.  Ce qui est parfois difficile à excuser d’un jeu de cinquante heures est tout bonnement inadmissible de la part d’une aventure si brève : ce n’est pas comme si on aurait reproché à Double Fine de piocher dans le vaste corpus du jRPG des éléments de variation. On en vient à se demander si quelqu’un du studio a déjà pratiqué un jeu du genre…

Les combats sont charmants. Les trois premières fois en tout cas…

Alors comment expliquer cet échec ? Peut-être faut-il y voir une manifestation de plus de la Timschaferite, cette maladie qui a suivi le créateur de Grim Fandango tout au long de sa carrière, et dont les symptômes sont l’incapacité à transformer en jeu de fascinantes idées d’univers. Plus probablement,  il s’agit d’une erreur de dosage, le jeu étant selon ses concepteurs destiné aux enfants… Si l’on peut discuter l’intérêt desdits bambins pour un univers qui les met face à eux-mêmes et déconstruit leur rêve d’être des space marines ou des ninjas, une chose est indiscutable : en voulant simplifier le jeu, Tasha Harris a raté le coche… Car ce sont justement nos chères têtes blondes qui se crament des heures durant les pupilles devant Pokémon ou Mario & Luigi, séries au gameplay bien plus raffiné.

Pour tout dire, on a l’impression face à Costume Quest d’un considérable gâchis. Certes, le jeu demeure marginalement plaisant malgré l’engourdissement, mais c’est surtout grâce à la qualité d’une équipe artistique de grands professionnels… La plupart des indépendants donneraient un rein pour obtenir un tel niveau de production, et à peu près n’importe quel joueur pas trop stupide serait capable d’améliorer les maladresses de game-design (impossible de sauvegarder sans finir une quête, vraiment ?). Double Fine ressemble à un développeur goulu, qui s’est gavé de millions de dollars sur ses projets précédents, et qui lorsqu’il s’agit de faire un projet plus modeste, est incapable de se remettre en question et continue à masquer les faiblesses de game-design sous un emballage certes admirable et brillant, mais qui ne fait illusion qu’un temps.

Ce genre de bonbons donne des caries.

Written by Martin Lefebvre

27 octobre 2010 à 16:08

3 Réponses

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  1. Tout a fait d’accord avec toi mon bon Merlan, Moi même par hasard j’ai essayé la démo, et oh surprise, les 10 premieres minutes tu fais « whaa trop mignon, trop rigolo, trop sympa, une transformation en robot de carton, youhou ! … » et très vite ça tourne en rond entre quetes de bonbon sans gout et combats monotones … tiens, tu m’a tout de meme donné envie de refaire Paper Mario, eheh !

    Vraiment dommage…

    Boxmanichou

    3 novembre 2010 at 16:38

  2. Je crois n’avoir pas joué à un seul des jeu que tu critique (si ce n’est Minecraft…merci du cadeau…maintenant j’entends des creepers la nuit) Mais j’apprécie toujours la justesse de tes titres qui ne font sens qu’à la fin de la lecture.

    Pierrec

    5 novembre 2010 at 11:32

  3. […] petit dernier de Double Fine sait se concentrer sur ce qu’il fait le mieux. Et contrairement au charmant mais creux Costume Quest, il a suffisamment de contenu pour proposer une aventure certes brève, mais variée. La structure […]


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