Devant ton écran

Faites vos jeux ! (Game Dev Story)

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— C’est un véritable honneur de revenir en votre compagnie sur l’aventure Merlanfrit Software, Martin-san. – Ah, ah merci, l’honneur est pour moi… Vous savez, il y a vingt ans j’aurais rêvé de décrocher ne serait-ce que deux lignes dans votre magazine (rires)… nous n’étions que cinq jeunes crève-la-dalle,  on apprenait le métier sur le tas en enchaînant les jeux de golf animaliers sur Gamekid… – Les fameux Groovy Golf, les cartouches se vendent une fortune aujourd’hui. – Tout arrive, il faut dire le tirage ne dépassait pas les 500 pièces, forcément ça plaît plus aux collectionneurs qu’aux joueurs de l’époque (rires) –  Et à ce jour, vous avez vendu combien de Macho Cowboy  Ninja III ? — 17 millions (rires). C’est ce qui explique le lingot qui vous attend avec le press-kit (sourire).

Ne nous emballons pas, je ne fais pas encore d’ombre à Miyamoto, mais par contre Game Dev Story, le jeu pour iPhone de Kairosoft, rencontre un beau succès sur les forums. Le principe est simple : tu diriges un tout nouveau studio de développement qu’il s’agit d’amener à la gloire sur vingt ans. Au début, sans expérience et sans fonds, tu en es réduit à sortir des puzzle games sur portable, voire à louer tes services pour réaliser des mascottes pour un projet municipal, mais petit à petit tu peux embaucher une équipe de talentueux développeurs et mener à bien des projets plus ambitieux : développer une simulation de samouraïs AAA, lancer un MMO post-apocalyptique, et même ta propre console !

Ne t’attends pas à mettre la main à la pâte, ni à voir la tête des jeux, tu te contentes pour chacun des projets de décider en bon gestionnaire d’une orientation suivant quatre critères (la plateforme, le genre, le décor, le budget de production) et tes employés se mettront au travail tout seuls. D’ailleurs, Game Dev Story se base sur un principe pas tout jeune… Sans pouvoir mettre un nom dessus je suis persuadé d’avoir perdu pas mal d’heures, il y a de ça une dizaine d’années, sur un freeware Macintosh du même genre, mais sur le thème du cinéma, qui te permettait de produire un film d’horreur psychologique en noir et blanc avec John Woo aux commandes et Danny Elfman à la baguette… (EDIT : il semblerait que le jeu en question soit Hollywood Mogul. )

Cette fois-ci il y a quelques subtilités (tu peux consulter ce petit guide — via @Leyéti — pour te faire une idée des stratégies de base), puisque c’est toi qui gères le personnel et que tu peux décider d’utiliser les points d’expérience pour améliorer certains aspects de la production, mais ludiquement Game Dev Story est d’une grande simplicité… au point que si une saine gestion est évidemment essentielle pour la survie de ta compagnie, tu as parfois l’impression de jouer soit aux devinettes (quelle formule pour obtenir le succès), soit carrément à Progress Quest, cette fameuse parodie de RPG dans laquelle tu te contentes de voir des chiffres gonfler et des barres se remplir. Pour autant, tu ne bouderas pas le plaisir de voir ton codeur niveau 5 s’enflammer et ajouter des points de FUN à ta Space Marine Dating Sim, le tout matérialisé par de petits sprites à croquer.

La réussite du jeu tient peut-être avant tout au charme, à la manière dont Kairosoft a représenté le milieu des studios de développement. Pour le joueur passionné – et peut-être plus encore pour les développeurs chez qui le jeu semble rencontrer un beau succès – c’est un vrai plaisir de relever tous les clins d’œil à la pop-culture vidéoludique. La progression temporelle sur vingt ans permet de voir défiler les générations de console, de la Megadrive à aujourd’hui : tu peux te lancer dans le développement sur la très rentable portable Intendo, mais évite comme la peste l’équivalent du Virtua Boy… Et puis tu peux aller à l’E3 – la Gamedex – te payer des booth babes ou des mascottes qui ressemblent furieusement au camarade Pedobear, tu dois savoir dire non à ton scénariste qui veut mettre la main sur les graphismes au risque de bousiller le jeu, et d’être alors obligé de le sortir plein de bugs avant de te retrouver sur la paille… des petits détails, et pourtant ce sont eux qui font qu’on rigole bêtement quand on en parle et qu’on y joue beaucoup plus qu’il serait raisonnable : les heures s’envolent devant ton petit écran.

Le plus beau dans ce petit soft à croquer c’est qu’il te stimule l’imagination : une bonne part  du jeu se passe dans ta tête, où se rêvent les jeux de catch robotiques, où tu fantasmes que ton karaoké des pirates soit nommé GOTY, et où tu brûles de connaître les ventes de ton RPG sous-marin ultra-ambitieux enfin sorti après des mois de development hell. D’ailleurs tu rêves même d’une suite plus ambitieuse, avec des rivaux qui t’arracheraient tes meilleurs éléments, avec des périodes de crunch pour finir le jeu avant Noël, la possibilité de gérer des licences… Il faut peut-être aller voir du côté du freeware, avec le moins chou mais apparemment plus ambitieux Gamebiz 2, mais je ne l’ai pas encore essayé.

Toujours est-il que pour 3 euros, Game Dev Story est parfait pour perdre ton temps dans les transports, et même pour rater ta station en gueulant comme un putois contre ces crétins de joueurs qui n’apprécient pas à sa juste valeur ton god-game avec des castors, public de philistins.

Written by Martin Lefebvre

17 octobre 2010 à 20:58

Une Réponse

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  1. […] particulièrement le blog Devant ton écran qui propose des très bons articles (notamment sur Game Dev Story ), ainsi qu’une super communauté remplie de gens super qui ont de super sites aussi. Alors […]


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