Devant ton écran

Tour operator (Assassin’s Creed 2)

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… à votre gauche vous remarquez la coupole du Duomo, Santa Maria del Fiore, bâtie de 1296 à 1436, quatrième plus grande Eglise d’Europe. Sur votre droite, vous apercevez à présent le faîte de la Torre Grossa, qui s’élève à 54 mètres et domine le palazzo nuovo del Podestà… Attention à la marche… Ne vous inquiétez pas, monsieur, nous visiterons au retour la boutique d’art où vous pourrez vous procurer des reproductions des plus grands tableaux de maîtres ainsi que des exemples d’artisanat local comme ce curieux coupe-papier florentin en vitrine, une pièce d’une terrible efficacité si vous voulez mon avis, mais voici que nous distinguons au bout de la rue le Grand Canal et sur l’autre rive la piazza San Marco

Ah oui, le forfait Toscane-Venise chez Ubi Montréal, c’est quelque chose. La formule assassin, c’est un peu le coupe-file ultime : plus besoin de faire la queue aux Offices, d’attendre le tortillard pour San Gimignano, pas de risque de te perdre une nuit de Carnaval, de te faire chourrrer tes travellers et de rater l’avion de retour… Tu bondis sur les toits, bien au dessus des foules, en dix foulées de galop tu traverses l’Emilie,  et au lieu de te ruiner dans des gargotes à touristes pour manger des pizzas tiédasses, tu ramasses des trésors sur le moindre balcon. Et je te parle même pas de l’hôtel, une villa en Toscane avec dépendances et toiles de prix, tout pour toi. Le voyage en Italie, revu en classe super-héros.

Super touriste n’a jamais d’ennuis avec la police

C’est peut-être parce qu’il nous entraîne dans des lieux connus, ou plutôt  reconnus, esthétiquement comme socialement, que ce second Assassin’s Creed attire plus que son prédécesseur. Acre, la Palestine médiévale sont des destinations par trop exotiques, qui ne permettent pas, comme l’Italie des Borgia, de vivre le fantasme du super-touriste, acrobate qui copinerait avec les monuments les plus célèbres, alpiniste du moellon à tu et à toi avec les vieilles pierres les plus glamour. Les développeurs montréalais ont bien travaillé, ils ont saisi l’essence de leur jeu, ce qui est suffisamment rare dans ce genre de productions pour être salué : tout est fait pour que le super touriste passe un bon séjour, sans jamais se plaindre du service. Les ennemis sortent de l’école de maintien de l’ordre Sergent Garcia et ne se révèlent pas bien gênants. Les séquences d’escalade en extérieur sont juste comme il faut, surtout pas trop dures. Le scénario, parfois un peu embarrassant comme s’ils avaient engagé les scénaristes d’Highlander – la série, fait son office de roman de gare : après tout tu aurais peut-être emporté le Da Vinci Code cet été si tu n’avais pas été plus du genre stendhalien. Quoiqu’il en soit, les trains arrivent à l’heure et les développeurs de Rockstar ont sans doute regardé de très près la méthode Ubi, qui souligne par contraste les rigidités d’un GTA IV.

Le danger, évidemment, c’est que tu t’ennuies un peu, que la visite paraisse fade à tes goûts désabusés. Pris individuellement, certains éléments comme le système de combat sont à la limite du lamentable… On a presque l’impression de parcourir une splendide toile de fond qui attendrait son grand jeu, mais l’ampleur du décor est telle qu’elle se suffit à elle-même : tu es toujours détourné avant de te plaindre, il y a toujours une tour à escalader, un trésor à déterrer, compulsivement. Il faut insister sur la taille du terrain de jeu, proprement gigantesque. La Florence du seizième siècle quasiment restituée à l’échelle 1, une Venise encore plus grande, deux villes d’art, une villa… Tu as beau préférer les rues plus vivantes, animées à la main, l’ambiance râpeuse de Wyzima, tu ne peux pas t’empêcher d’avoir la tête qui tourne devant l’immensité du décor et la foule de pantins qui l’habite. Décor un peu pâtisserie industrielle, un peu comme le gars pas le plus doué du lot qui épate ses camarades artistes en recréant une ville entière en allumettes…  Tu regrettes le copié-collé de certains éléments, les clochers ou les treuils identiques de Florence à Venise, les draps qui soulignent un peu grossièrement les voies d’escalade, tu es tout de même admiratif, d’autant plus que certains détails sont criants de vraisemblance, comme le bruit des bottes sur les tuiles de terre cuite d’une chapelle de campagne.

Une villa cinq étoiles pour un séjour de luxe

Pour autant, si c’était un monument, Assassin’s Creed 2 ne serait pas une église toscane, mais plutôt, toutes proportions gardées, quelque chose comme la  Gare du Nord, sa gigantesque façade néo-classique, ses espaces fonctionnels, lieu de transit balisé, fléché, modulaire.  Pas dit que le jeu d’Ubi vieillisse aussi gracieusement que le chef-d’œuvre de Jacques Hittorff, mais il représente lui aussi un acte de foi technologique, un bond en avant de l’architecture industrielle, un prodige d’ingénieur. Après la cathédrale de pierre et la gare d’acier, le décor de polygones, version contemporaine du gigantesque, manque peut-être d’âme, sa visite n’en n’est pas moins vertigineuse.

Pour paraphraser un fameux guide, Assassin’s Creed 2 vaut le détour. Faute d’être inoubliable, le séjour au club-vacances italien d’Ubi est réellement confortable. Il n’y a pas de mal, de temps à autres, à jouer à l’hyper-touriste consommateur, et à se laisser porter par un tour operator qui connaît son métier et qui te déploie tout le catalogue des panoramas les plus fameux. Bon voyage, n’oublie pas d’envoyer une carte postale.

Written by Martin Lefebvre

13 octobre 2010 à 11:43

Publié dans Critique

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3 Réponses

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  1. […] est absolument essentiel à l’effet produit par L.A. Noire. Il ne faut pas le confondre avec l’esprit tour operator, l’Italie renaissante sur canapé, farandole de Florence la Toscane et Venise qui caractérise […]

  2. ce jeu m’a poussé a aimer florence la ville magique

    Harraka Nassim

    28 juillet 2011 at 00:08

    • Ah c’est marrant parce que j’aime tellement pas Florence en tant que ville (les musées c’est autre chose), que je préfère encore la grimpette sur les toits virtuels d’AC2.

      Pour Rome que j’aime d’amour, ça va être plus dur… Mais j’ai pas encore fait Brotherhood.

      Martin Lefebvre

      28 juillet 2011 at 11:35


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