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Swinging Tokyo (SMT : Devil Summoner)

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Devil Summoner : Raidou Kuzunoha vs. the Soulless Army, un titre à rallonge pour le spin-off de la saga culte d’Atlus. Rocambolesque, loufoque, aussi simpliste que prenant, un chemin de traverse dans le Tokyo des années 30, qui vaut la peine d’être exploré. Rediffusion d’un article publié en 2007 sur Planetjeux.net.


On se demande un peu par quel miracle ce spin-off de Shin Megami Tensei, la série phare d’Atlus, est arrivé par chez nous. D’ailleurs, la sortie sur PS 2 de SMT: Devil Summoner: Raidou… s’est faite dans la plus grande confidentialité. Il faut avouer qu’à première vue le jeu ne paye pas de mine à côté d’un SMT 3: Lucifer’s Call, dungeon crawler magistral, torturé, à la difficulté diabolique. Devil Summoner, mélange surprenant d’action RPG et de jeu d’aventure, offre des décors précalculés un peu cheapos, un combat en temps réel à l’animation plutôt saccadée, propice au button-mashing le plus frénétique (ma touche carré s’en souviendra), bien loin de la richesse d’un Valkyrie Profile ou d’un Tales Of…, des phases d’aventure parfois fainéantes… Mais à mesure, le jeu dévoile un charme des plus rafraîchissants.

Swinging Tokyo

Charme du décor en premier lieu. Les Shin Megami Tensei ont toujours un cadre urbain, reflet plus ou moins clair de Tokyo la tentaculaire, souvent dans un no-future cyberpunk ou post-apocalyptique. Devil Summoner présente la capitale sous un autre aspect: les années 30, option boîtes de jazz, détectives privés et petites journalistes bien roulées. Si le jeu n’efface pas, loin de là, le militarisme rampant qui caractérise le Japon de cette époque, les développeurs sont visiblement fascinés par l’ambiance d’une ville en pleine croissance, où se mélangent traditions japonaises (les kimonos, pousse-pousse et autres temples zen) et modernité à l’occidentale (costumes-trois pièces, voitures, tramways…). Un des attraits pour qui s’attaque aux SMT a toujours été le dépaysement, et le joueur français ne sera pas déçu en matière d’exotisme: il aura tout loisir de se perdre dans les rues de Tsukudo ou de Ginza, ou dans les listes de sorts aux noms incompréhensibles (que les habitués de la série reconnaitront tout de suite), Diarama, Makakaja ou Agidyne… Jouer aux SMT, c’est aussi apprendre une langue étrangère.

Tokyo, les années 30, entre occidentalisation et tradition.

Ce décor est animé par des personnages franchement loufoques, le jeu est émaillé de rencontres inattendues et surréalistes. Papoter avec un chef Yakuza dans une maison de bains, mener enquête sur la piste d’un pousse-pousse démoniaque, causer démonologie avec un savant fou, refiler en douce du saké à une tarrasque… Le Tokyo de Devil Summoner est une ville de romans-feuilletons, et le jeu présente une intrigue des plus rocambolesques: le héros est Raidou Kuzunoha, quatorzième dans une lignée d’invocateurs de démons chargée de protéger la ville des forces du mal. Il est donc tout à fait naturel, du moins dans l’esprit tordu des scénaristes, que Raidou se mette au service d’un détective privé, Shouhei Narumi. La vie de détective privé dans le Tokyo des années 1930 n’est apparemment pas de tout repos, et notre invocateur de démons se trouve confronté dès sa première enquête à une vaste conspiration militaire, qui traverse les douze épisodes du jeu, et qui implique entre autres Raspoutine, l’exploration d’un chantier naval sous-marin, une armée de morts-vivants équipés de masques à gaz…

Démonologie


Un gameplay très button-mashing, mais pas absolument dénué de stratégie.

Charme aussi d’un gameplay qui simplifie à l’extrême le système de Lucifer’s Call, tout en préservant ses principaux atouts. Si l’on perd au passage la remarquable complexité tactique du tour par tour, il s’agit toujours d’exploiter les faiblesses des démons adverses. Ainsi, une attaque de glace sur un démon de feu aura pour effet de sonner la cible, pour mieux l’enchaîner à coup de combo. C’est à travers ce système que s’ouvre la seule finesse tactique de Devil Summoner. Puisque seul un démon à la fois peut participer au combat, il faut choisir le plus approprié à l’adversaire, viser le point faible sans exposer ses propres faiblesses. Les combats sont fréquents, les rues de Tokyo sont aussi mal famées que les couloirs d’un donjon, et toutes les phases d’exploration sont émaillées de rencontres avec les démons qui hantent la ville, que seul notre invocateur peut voir, et qui sont prompts à la baston.

Raidou, un héros très élégant

Ces démons, justement, tout incite le joueur à les collectionner façon Pokémon, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait ce que doivent Pikachu et ses camarades à la série d’Atlus qui les précède de quelques années. Encore une fois, Devil Summoner reprend le système de Lucifer’s Call qu’il réduit à l’essentiel. Capturer des démons, les faire combattre pour augmenter leur niveau et leur fidélité avant de les fusionner pour obtenir des compagnons plus puissants, processus étrangement compulsif. Les démons servent aussi lors des phases d’enquête, leurs pouvoirs faisant office de verbes d’action chers aux jeux d’aventure, qu’il s’agisse de séduire des lycéennes, de déplacer un tramway, ou d’interroger un garde. On appréciera le travail de Kazuma Kaneko, qui donne à la série son unité graphique, avec ses personnages humains aux traits fins, l’air toujours un peu rêveurs, et surtout ses démons qui vont du plus grotesquement agressif façon pochette de heavy-metal au plus kawai Jack Frost, la mascotte de la série. Mais les dialogues ne sont pas en reste, les démons ne cessent de parler, durant les combats ou lors des phases d’investigation, et on finit par se prendre d’affection pour ces infatigables bavards, plaintifs ou enthousiastes, peureux ou fier à bras… Ils donnent au jeu une véritable âme.


L’illustration de couverture rend justice à un scénario rocambolesque

Bouclé en 30 heures, plutôt facile, Devil Summoner: Raidou Kuzunoha… est un agréable délassement, pour ses créateurs comme pour nous. Megaten light, il peut constituer une porte d’entrée dans la série pour des joueurs qu’une difficulté trop verticale intimiderait, comme un agréable intermède pour les fans, en attendant par exemple l’éventuelle sortie de Persona 3 en Europe. En somme, un jeu loin d’être indispensable, mais une école buissonnière qui s’impose avant tout par son démoniaque pouvoir de séduction.

Written by Martin Lefebvre

7 septembre 2010 à 23:11

Publié dans Critique

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