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Objet de collection (Sega Megadrive Ultimate Collection)

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Il y a trois ans, je me demandais sur Planetjeux si les éditions classiques de jeu vidéo ne devaient pas s’efforcer de ressembler à des livres : laisser au joueur la liberté de les feuilleter comme bon leur semble, proposer un contenu critique aidant à appréhender l’œuvre. Si certains éditeurs s’efforcent de proposer ce genre de bonii, à l’instar de Valve et de ses commentaires audios, beaucoup de rééditions de classiques demeurent pauvres en contenu additionnel. La preuve avec le récent Sega Megadrive Ultimate Collection (2009), qui se contente d’une émulation propre sans chercher à apporter le moindre plus. Et si la solution tenait à un meilleur livret d’accompagnement ?

Sonic 2

On ne peut pas dire que le client soit floué par le produit de Sega. Disponible autour d’une vingtaine d’euros, la collection regroupe une quarantaine de jeux de la Megadrive, parmi lesquels d’incontestables classiques comme les Sonic, les Streets of Rage, les Phantasy Star, les deux premiers Shining Force… Largement de quoi occuper les journées pluvieuses… D’autant qu’à côté de titres ayant mal vieilli (Altered Beast, Alien Storm…), tu (re)découvriras des perles du genre Comix Zone (dur comme le diamant mais au style bédé novateur, une sorte de précurseur de Viewtiful Joe), Fatal Labyrinth, un rogue-like plutôt intriguant,  ou encore Dynamite Headdy, jeu de plateforme développé par Treasure… Bref, le jeu en vaut la chandelle au niveau du pur contenu.

Autre point positif, l’émulation est fiable et les jeux sont respectés, ce qui n’était pas toujours le cas avec les premières compilations d’oldies. Le filtre graphique et l’étirement en 16/9 ne sont pas forcés, ils demeurent optionnels. Pour autant, on est loin de la richesse de réglages disponible depuis des années sur émulateur open source. Il est vrai que c’est peut-être un mieux pour l’accessibilité. On peut néanmoins être déçu, ne serait ce que parce que si des savestates sont disponibles, il n’y a que trois emplacements par jeu. Mais allons plus loin. Après tout, Sega possède le code source de ses titres, et on aurait pu rêver par exemple d’un Sonic reprogrammé pour supporter nativement le 16/9 ème… on imagine que ce serait compliqué, mais sans doute pas impossible, et après tout ce serait une option qui montrerait une volonté d’entretenir le patrimoine de la firme. Mais ne soyons pas trop gourmands. Si la compilation n’apporte pas grand-chose techniquement par rapport à l’émulation de roms piratées, elle a le mérite d’être légale. Et c’est toujours un plaisir de payer une poignée d’euros ce qui aurait coûté à l’époque des milliers de francs…

Par contre, il faut bien avouer que le manuel fait grise mine. Une pauvre vingtaine de pages en noir et blanc, ne traitant que quelques jeux, sans qu’on sache bien ce qui justifie ce choix… Pourquoi une notice pour Phantasy Star 2, mais pas pour le 4 ? Pourquoi rien sur Shining Force alors qu’on nous apprend les contrôles d’Ecco The Dolphin ? Tout simplement parce que le manuel a été composé à l’arrache, sans aucun soucis de cohérence. Même chose concernant le contenu bonus du disque. On est ravi de lire des interviews et de pouvoir regarder les jaquettes… Mais quelle pauvreté ! Comme si on avait confié à un stagiaire dont on ne savait pas trop quoi faire le soin de produire cet accompagnement. Et ne parlons pas des décisions stupides du genre demander au joueur de battre le premier boss de Sonic 2 à deux joueurs pour pouvoir débloquer le premier Phantasy Star… Et si je n’ai qu’une manette ?

Phantasy Star IV

Sega aurait l’occasion d’apporter une véritable plus-value éditoriale, au lieu de se contenter de resservir — même de manière compétente — un contenu — certes abondant — que la majorité des clients potentiel possède déjà d’une manière ou d’une autre. On pourrait imaginer par exemple une édition enrichie en contenu additionnel : articles permettant de contextualiser les titres, artworks, entretiens, manuels, il y aurait de quoi faire… Et puis pourquoi ne pas revenir à ce bon vieux papier ? Les camarades de Pix’N Love ont prouvé qu’il y avait un marché pour des ouvrages consacrés aux jeux vidéo classiques. Pourquoi ne pas rapprocher software et édition classique ? Certes, on se doute que la collection de Sega est rentable. Mais n’y aurait-il pas un marché pour un bel ouvrage au papier glacé, qui accompagnerait la galette, et qu’on pourrait feuilleter pendant le jeu ? On trouverait bien un public prêt à mettre le prix pour un produit de qualité.

On pourrait se demander si le livre — ou du moins le livret d’accompagnement — n’est pas l’avenir du patrimoine vidéoludique. Ce serait une bonne manière d’exploiter la nostalgie du manuel, et d’affirmer la valeur des classiques vidéoludiques collectés.

Written by Martin Lefebvre

16 août 2010 à 14:58

Publié dans Analyse

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5 Réponses

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  1. Le livre avenir du jeu vidéo? Voilà le genre de conclusion que j’apprécie.
    C’est vrai que je serais prêt à débourser pour un livre intitulé « The Ultimate Megadrive » ou tous les jeux y seraient présentés de A à Z avec leur histoire, leurs critiques etc…

    Je n’ai pas joué à cet ultimate collection (et pour cause, j’ai une mégadrive plutot qu’une ps3) mais j’ai l’impression un peu amère qu’il a moins été réalisé pour permettre au joueur de redécouvrir un contenu de qualité que pour illégaliser la de l’émulation qui était devenue d’usage.

    Après, peut être suis-je devenu aigri à force de jouer à des jeux indés.

    Bon sur ce je vais aller récupérer à l’autre bout de la ville un Toejam and Earl sur mégadrive à 2euros.😀

    Pierrec

    17 août 2010 at 06:55

  2. J’ai beau avoir encore une Megadrive, j’ai tout de même fait l’acquisition de Sega Megadrive collection sur PSP, histoire de pouvoir emmener un peu partout les hits de Sega (un trip nostalgique). Pas testé cette version ultimate sur PS3, mais en revanche la version PSP comporte pas mal de bonus : nombreuses vidéos et interviews des créateurs des jeux, quelques clips promo (VF5), ainsi que plusieurs jeux bonus. Evidemment, tout ceci est débloqué progressivement, histoire de motiver un peu le joueur. J’ai trouvé le principe vraiment sympa.
    Mais sur le fond je te rejoins, un rapprochement entre le monde de l’édition et le software serait extrêmement judicieux. Cela dit, on peut aussi regretter que désormais il faille débourser quelques euros supplémentaires pour faire l’acquisition d’un jeu en version « Collector », alors que par le passé la plupart de ces goodies étaient intégrés à la version de base (j’ai encore ma belle boite de Baldur’s Gate pour en témoigner).

    K2R2

    19 août 2010 at 14:23

  3. je pense que l’avenir du jeu video serait plutot à chercher du coté de la console XJ-15 connue des amateurs de psychodrive. Pour la comparaison avec le livre, elle est pertinente jusqu’à un certain point : celui où banane veut dire dinosaure et bite ours

    bobby d'angelus

    19 août 2010 at 18:42

    • Déjà j’arrive au second mot de ta réaction et je ne suis pas d’accord avec toi Bobby. Bises.

      Martin Lefebvre

      20 août 2010 at 08:20

      • moi j’ai juste rien banané

        Pierrec

        22 août 2010 at 17:50


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