Devant ton écran

Avoir 13 ans (Burnout Paradise)

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Chaque fois que tu lances Paradise City, tu as droit à la chanson des Guns. La voix geignarde d’Axl Rose t’accueille dans une ville proprette pour petits blancs – pas une seule trace de soul dans l’abondante bande sonore– qui traînent devant leur écran dans la banlieue de Burbank, en rigolant aux vannes d’une DJette qui se la joue à la coule et t’incite à tenter des cascades radicales. Et te voilà propulsé à cet âge incertain où naît l’adolescence, avant que tu commences à te poser trop de questions sur le sexe, et où tu te contentes du plaisir de déconner avec les copains, en rêvant de grosses bagnoles au soleil.

Si la Jérusalem Céleste selon Criterion a de larges routes, c’est pour te permettre d’atteindre des vitesses démoniaques, le turbo nitroglycériné à plein tubes, dérapant comme un dératé avant de tenter des sauts de l’ange ou d’aller froisser des montagnes de tôle. Paradise City est un parc d’attraction  blue sky pour voitures qu’on croirait sur coussin d’air, où les viaducs prennent l’allure de montagnes russes, les virages des airs de chenille et le moindre carrefour se fait auto-tamponneuse. Le décor n’est pas d’un fol exotisme, on croise un simili-Time Square, la version mini-golf des collines d’Hollywood, un front de mer vu mille fois. Les véhicules aux livrées vulgos pour pré-ados découvrant le tuning manquent cruellement d’élégance. Et pourtant, il y a un plaisir du lieu : dévaler une route de montagne à vitesse  F-Zero en défonçant des barrières pour emprunter les raccourcis les plus vertigineux, un matin brumeux, tandis qu’un Mike Patton qui n’a pas encore mué te bondit Epic, ça te met en joie.

C’est que Paradise City est un jeu fun, au sens le plus noble du terme, une expérience d’accord au monde. Plaisir de la glisse à faire exploser les pneus, jouissance du carambolage, évidemment bien plus proche de Shérif fais- moi peur ! que du malaise Crash. GTA-like qui ne garderait que les culbutes en voiture, ce Paradise City s’éloigne de la rigueur des débuts de la série : mais les remarquables Burnout 1 (un perpétuel contre-la-montre, redoutable) et surtout Point of Impact (une leçon de fluidité et de précision dans la conduite arcade, flirt démoniaque avec les virages) sont loin, et après des épisodes centrés sur la destruction des adversaires, trop bourrus à mon goût, la réinvention de la série en bac à sable offre de réels bonheurs d’exploration.

Comme tout adolescent, Paradise City se cherche encore un peu, et il ne sait pas trop quoi faire de la liberté qu’il a conquise. Il faut dire que le problème de la structure du jeu de voiture n’a jamais été réellement résolu, malgré des propositions variées (le RPG, la saison, le bon vieux mode arcade…). Criterion a fait le choix de la totale ouverture. C’est parfaitement louable, mais cela tend à diluer les enjeux. Pour progresser dans le jeu, il faut réussir un certain nombre d’épreuves, n’importe lesquelles, afin de passer des permis. Chaque intersection offre qui une course, qui une séance de cascade, qui une course-poursuite… Cette structure lâche, qui privilégie le plaisir immédiat du joueur, tend à faire perdre aux épreuves individuelles leur importance. Si je n’y arrive pas là, j’essayerais ailleurs… Ce n’est pas des plus motivants. L’exploration quant à elle souffre d’un terrain finalement assez réduit et surtout d’une absence de récompenses (mais c’est peut-être le problème de la version PC qui ne propose pas de succès) : on se plaît à effectuer des sauts de la mort ou à découvrir les raccourcis sournoisement embusqués, mais à quoi bon ?

A quoi bon ?

Criterion n’a pas de réponse à donner, et c’est pour le moment la limite de l’exercice. Le développeur offre un jeu léger, crânement immature, qui t’occupera une dizaine d’heures ou plus avant que ne s’installe la lassitude. Mais une dizaine d’heures de carambole, tes treize ans qui pétaradent, ça n’a rien du purgatoire.

Written by Martin Lefebvre

29 juin 2010 à 18:15

Publié dans Critique

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4 Réponses

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  1. Je veux bien te croire Cereb’. IL faut dire qu’il y a quelques temps de cela, j’avais écrit un article sur Burnout Dominator (c’est le seul auquel j’ai joué, même si j’avais toujours voulu acheter un Burnout depuis le 1) dans lequel j’essayais, assez maladroitement sans doute (comprendre encore plus que maintenant), de montrer que Burnout avait plus de rapport avec les petites voitures (destinées à l’enfant) que les voitures réelles. En tout cas, je suis content de me dire qu’il m’arrive d’être presque à propos ^__^

    L’article :
    http://www.numericity.fr/focus.php?page=15#lire

    Numerimaniac

    29 juin 2010 at 21:39

  2. Il est très bien ton article, et c’est vrai qu’on se retrouve sur pas mal de points. Dittmar a raison en tout cas, la série Burnout repose totalement sur l’esthétique Hot Wheels, c’est bien formulé.

    Je dois avouer que pour ma part, si je suis fan des deux premiers, j’ai vraiment pas aimé le 3 que je trouvais fort gauche et mal fichu (notamment avec l’obligation de composer avec une IA qui triche un truc horrible et qu’on est obligé d’affronter en permancer pour obtenir du boost), du coup j’avais lâché la série avant de choper Paradise en soldes.

    Martin Lefebvre

    30 juin 2010 at 05:16

  3. Oui, Jérôme Dittmar est un bon, pas de doute! Limite il m’avait donné envie de m’acheter une PS3 pour jouer à Motorstorm 1.

    Dominator n’est pas franchement la panacée. Son problème est qu’il n’a aucune rejouabilité. Une fois que tu as remporté tous les défis, le jeu affiche dans les 90% d’objectifs accomplis. Et tu n’as plus de raison de revenir dessus.

    Peut-être que l’orientation open-world de Paradise, qui succède juste à Dominator (Dominator, sorti seulement sur PS2, est postérieur à Revenge sorti sur 360) est de pallier à ce problème en permettant justement de se perdre dans la ville et de conduire de manière désintéressée…

    Rappelons-aussi que Criterion avait quand même fait du DLC gratuit pendant un an!

    Numerimaniac

    30 juin 2010 at 11:26

  4. « Oui, Jérôme Dittmar est un bon, pas de doute! Limite il m’avait donné envie de m’acheter une PS3 pour jouer à Motorstorm 1. »

    Tu peux t’acheter une PS3, il y a plein de jeux intéressants, mais de là à le faire pour Motorstorm, euh, non. ^^

    Martin Lefebvre

    30 juin 2010 at 16:23


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