Devant ton écran

Papier glacé (FF XIII, final)

with 6 comments

50 heures de jeu, et tu en as fini avec Final Fantasy XIII. Il y a peu de chances de te voir plonger dans le post-jeu. Tu as lu un FAQ, ça te suffira, tu sais bien que pour rêver terrasser les colossaux brontosaures de Gran Pulse il te faudrait faire vœu d’optimisation et te cramer un peu trop les rétines : tu laisses ce terrain de chasse à plus obsédé que toi. Il est temps de ranger le jeu et de faire le bilan.

Qu’on ne conclue pas que tu n’as pas aimé, ou que tu gardes un goût amer. Tu as pris un plaisir non dissimulé à suivre Lightning et sa bande, de couloirs improbables en discours de motivation les yeux dans le vague. Un plaisir léger, une légèreté de tous les moments, fluide et aérienne comme une jeune fille valdinguant d’un coup de poignet un béhémoth. FF XIII est un jeu poli, qui jamais ne cherche à te déranger, ou alors peut-être si tu vas le chercher en toute fin de parcours. Tu lui rends grâce de cette complète bonhommie, qui va jusqu’à  rendre le dernier boss parfaitement urbain.

FF XII, extravagante béance

C’est évidemment une limite : tu sais bien que tu es loin de l’extravagante béance d’un XII, qui en se perdant dans ses ambitions démesurées t’ouvrait un fabuleux terrain d’expérimentation. Limitée ici à Gran Pulse, l’errance reste bien élevée, encadrée par des missions et circonscrite à un périmètre clos. Le jeu te libère alors le temps de te livrer à la chasse au gros gibier, mais les promesses d’infini ne te paraissent pas aussi fascinantes qu’elles pourraient l’être. Reste tout de même le formidable paysage de la steppe d’Archlyte : étrangement il te donne plus envie de jouer à Final Fantasy XIV que d’y planter camp.

Gran Pulse, un terrain de chasse pour les plus acharnés

D’ailleurs en un sens, FF XIII est plutôt une promesse à venir qu’un aboutissement. A toi de voir s’il faut en être déçu. Le jeu signale néanmoins, en compagnie d’un Lost Odyssey, mais pour des raisons tout à fait différentes, la possibilité d’un JRPG sur cette génération de consoles. Square Enix a mis du temps à sortir son moteur de jeu, mais il faut bien avouer que ce treizième épisode est techniquement proche de la perfection : c’est déjà une raison de se réjouir, d’autant plus que le niveau de finition est tel que c’est en soi un plaisir presque hypnotique de contempler le déroulement des animations, d’être ébahi par les effets de transparence… Après tout FF XIII assume sa superficialité, et la porte plutôt bien : pourquoi refuser ce petit plaisir ?

Final Fantasy V, le jeu-système

Evidemment, on est plus proche, pour reprendre une dichotomie souvent employée, d’un épisode-système à la Final Fantasy V, que d’un jeu qui tiendrait essentiellement sur sa puissance narrative comme Final Fantasy VI. Les amateurs d’audaces scénaristiques en seront pour leurs frais, tout en restant suffisamment embrouillée pour satisfaire les exigences du genre, l’intrigue, si l’on excepte quelques péripéties mélodramatiques, se résume à de longs discours de motivation : « n’abandonnons pas, nous choisissons notre destin et il faut avoir du courage et de la solidarité pour être forts ». Ce n’est pas tout à fait du niveau d’intensité tragique que pouvait parfois atteindre le dixième épisode, et aucun personnage n’a la douloureuse profondeur d’une Yuna. Mais après tout les six crétins n’en sont pas moins attachants, tu finis par sourire des poses de Snow qui montre le poing pour exprimer sa détermination, tu as le béguin pour Fang malgré sa nuque très post-gothic, et même le père de famille renoi ne t’irrite plus autant, même si tu ne l’as plus guère vu depuis que le petit con aux cheveux blancs a acquis célérité. Lui tu lui pardonnes tout parce que c’est le maestro de la magie, il peut se permettre de petits caprices de star émo.

Final Fantasy VI, opératique

Aussi prenant le système de combat soit-il, tu me permettras d’émettre des doutes quant à sa réelle profondeur. D’une rare beauté chorégraphique, les affrontements n’offrent au joueur qu’une possibilité limitée d’intervention. Il est assez amusant de noter que jusqu’au bout tu as gardé l’habitude, peut-être pour marquer le rythme, de marteler continuellement la touche X tandis que s’effectuent les actions, un peu comme si tu regrettais de ne pas te trouver dans un vulgaire beat’em all. Il faut sans doute voir là le signe d’un déficit d’interactivité : chorégraphe-spectateur, tu te sens parfois relégué sur ton canapé, et tu souhaiterais peut-être un rôle plus créateur dans le déroulement du mortel tango qui se déroule sous tes yeux. D’ailleurs, tu sens bien que la création a été heurtée… Il y a des signes qui ne trompent pas, comme l’intégration des plus discutables des invocations, ou encore l’absence de réels outils pour gérer les quêtes. Tout cela sent l’inachevé.

FF X, le tragique

Alors que te restera-t-il de ces cinquante heures durant lesquelles tu auras vieilli devant ton écran ? Peut-être justement l’agréable sensation d’apesanteur qui a prédominé durant tout ce temps, malgré les longueurs. FF XIII réussit à être un jeu easy-playing, si tu me pardonnes l’anglicisme. Après tout, ils ne sont pas si fréquents les jeux aussi aériens, qui avec si peu, parviennent à autant te fasciner. FF XIII est ce magazine frivole au papier glacé que tu achètes et que tu lis en revenant d’une longue journée : plein de beaux garçons et de diaphanes filles, inutile, vain et superficiel, il constituera une salutaire décompression, l’utopie d’un monde dont on pourrait naïvement se satisfaire.

NB : Si tu débarques, tes aventures sur Cocoon et Pulse ont débuté ici avec une histoire de ruban, et ce sont poursuivies là, pour une belle chorégraphie.

50 heures de jeu, et tu en as fini avec Final Fantasy XIII. Il y a peu de chances de te voir plonger dans le post-jeu. Tu as lu un FAQ, ça te suffira, tu sais bien que pour rêver terrasser les colossaux brontosaures de Gran Pulse il te faudrait faire vœu d’optimisation et te cramer un peu trop les rétines : tu laisses ce terrain de chasse à plus obsédé que toi.

Qu’on n’en conclue pas que tu n’as pas aimé, ou que tu gardes un goût amer. Tu as pris plaisir à suivre Lightning et sa bande, de couloirs improbables en discours de motivation les yeux dans le vague. Un plaisir léger, une légèreté de tous les moments, fluide et aérienne comme une jeune fille valdinguant d’un coup de poignet un béhémoth. FF XIII est un jeu poli, qui jamais ne cherche à te déranger, ou alors peut-être si tu vas le chercher en toute fin de parcours. Tu lui rends grâce de cette complète bonhommie, qui va jusqu’à  rendre le dernier boss parfaitement urbain.

C’est évidemment une limite : tu sais bien que tu es loin de l’extravagante béance d’un XII, qui en se perdant dans ses ambitions démesurées t’ouvrait un fabuleux terrain d’expérimentation. Limitée ici à Gran Pulse, l’errance reste bien élevée, encadrée par des missions et circonscrite à un périmètre clos. Le jeu te libère alors le temps de te livrer à la chasse au gros gibier, mais les promesses d’infini ne te paraissent pas aussi fascinantes qu’elles pourraient l’être. Reste tout de même le formidable paysage de la steppe d’Archlyte : étrangement il te donne plus envie de jouer à Final Fantasy XIV que d’y planter camp.

D’ailleurs en un sens, FF XIII est plutôt une promesse à venir qu’un aboutissement. A toi de voir s’il faut en être déçu. Le jeu signale néanmoins, en compagnie d’un Lost Odyssey, mais pour des raisons tout à fait différentes, la possibilité d’un JRPG sur cette génération de consoles. Square Enix a mis du temps à sortir son moteur de jeu, mais il faut bien avouer que ce treizième épisode est techniquement proche de la perfection : c’est déjà une raison de se réjouir, d’autant plus que le niveau de finition est tel que c’est en soi un plaisir presque hypnotique de contempler le déroulement des animations, d’être ébahi par les effets de transparence… Après tout FF XIII assume sa superficialité, et la porte plutôt bien : pourquoi refuser ce petit plaisir ?

Evidemment, on est plus proche, pour reprendre une dichotomie souvent employée, d’un épisode-système à la Final Fantasy V, que d’un jeu qui tiendrait essentiellement sur sa puissance narrative comme Final Fantasy VI. Les amateurs d’audaces scénaristiques en seront pour leurs frais, tout en restant suffisamment embrouillée pour satisfaire les exigences du genre, l’intrigue, si l’on excepte quelques péripéties mélodramatiques, se résume à de longs discours de motivation : « n’abandonnons pas, nous choisissons notre destin et il faut avoir du courage et de la solidarité pour être forts ». Ce n’est pas tout à fait du niveau d’intensité tragique que pouvait parfois atteindre le dixième épisode, et aucun personnage n’a la douloureuse profondeur d’une Yuna.

Pour autant, aussi prenant le système de combat soit-il, tu me permettras d’émettre des doutes quant à sa réelle profondeur. D’une rare beauté chorégraphique, les affrontements n’offrent au joueur qu’une possibilité limitée d’intervention. Il est assez amusant de noter que jusqu’au bout tu as gardé l’habitude, peut-être pour marquer le rythme, de marteler continuellement la touche X tandis que s’effectuent les actions, un peu comme si tu regrettais de ne pas te trouver dans un vulgaire beat’em all. Il faut sans doute voir là le signe d’un déficit d’interactivité : chorégraphe-spectateur, tu te sens parfois relégué sur ton canapé, et tu souhaiterais peut-être un rôle plus créateur dans le déroulement du mortel tango qui se déroule sous tes yeux.

Alors que te restera-t-il de ces cinquante heures durant lesquelles tu auras vieilli devant ton écran ? Peut-être justement l’agréable sensation d’apesanteur qui a prédominé durant tout ce temps, malgré les longueurs. FF XIII réussit à être un jeu easy-playing, si tu me pardonnes l’anglicisme. Après tout, ils ne sont pas si fréquents les jeux aussi aériens, qui avec si peu, parviennent à autant te fasciner. FF XIII est ce magazine frivole au papier glacé que tu achètes et que tu lis en revenant d’une longue journée : plein de beaux garçons et de diaphanes filles, inutile, vain et superficiel, il constituera une salutaire décompression, l’utopie d’un monde dont on pourrait naïvement se satisfaire.

Written by Martin Lefebvre

11 mai 2010 à 15:27

Publié dans Critique

Tagged with , , , ,

6 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Ça fait cher le magazine xD !

    Ce qui est dommage avec ce FF c’est qu’il n’a pas l’air d’avoir un gros potentiel de rejouabilité.

    Alexis

    11 mai 2010 at 16:53

  2. Pour ceux qui en veulent encore, il reste encore plein de choses à faire après le générique… Mais j’en ai eu assez, et je vois pas l’intérêt d’y rejouer, sauf hypothétiquement dans une dizaine d’années. C’est vrai que les personnages n’ont en gros qu’un chemin de développement. D’un côté ça permet de leur garder une individualité (dans le 12 par exemple, on pouvait carrément changer les rôles), d’un autre le cristarium ne laisse quasi aucune liberté de customisation. Du coup ouais, moins rejouable.

    Mais je me vois pas non plus rejouer FF XII, c’est un degré d’obsession qui n’est pas le mien, je préfère jouer à plusieurs jeux.

    Sinon pour le prix, tu en as pour 50 heures de magazine, c’est assez rentable comme abonnement en y réfléchissant bien.

    Martin Lefebvre

    11 mai 2010 at 17:03

  3. Ah oui vu comme ça, par rapport à la concurrence de la pseudo-presse et de ses jeux mourant au bout de 8 heures..

    C’est vrai que les RPG sont souvent bien chronophages, je me rappelle lorsque je jouais sur Oblivion, je n’avais vraiment pas besoin de changer de jeux.

    Alexis

    12 mai 2010 at 17:44

  4. Billet à la fois subtil et ironique qui me convainc sans peine d’attendre une décennie avant de passer aux consoles nouvelle génération. Et cette idée de placer des screens des bons vieux FF ^^

    Sirius

    30 mai 2010 at 20:22

  5. Je pense que dans dix ans beaucoup de joueurs seront nostalgiques de ce FF XIII… Non pas qu’il soit impérissable, mais il reste pas vilain du tout ce jeu.

    Martin Lefebvre

    31 mai 2010 at 06:04

  6. […] et fin : papier glacé. Share […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :