Devant ton écran

Le roi de la bagarre (TNA Wrestling)

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Tu m’aurais dit il y a quelques semaines que je consacrerais un article élogieux à un jeu de catch sur téléphone portable, je t’aurais sans doute regardé de travers,  un rien vexé. Aujourd’hui, tu me manquerais de respect, je partirais d’un rire machiavélique, avant de t’attraper par les cheveux pour te cogner la tronche sur le plancher, tout en te traitant de résidu de patate pourrie tout juste bonne à faire de la purée. Tout ça à cause de TNA Wrestling, catch-RPG sur portable Apple du studio québécois Longtail Studio (financé par Gérard Guillemot, co-fondateur d’Ubisoft). Il paraît que le catch revient à la mode, ça doit être le retour du glam. Mais je ne fais pas les choses à moitié, moi : la TNA, Total Nonstop Action, pas moins, c’est de la fédération de seconde zone, de la vraie, pour les vieilles brutes sur le retour façon Hulk Hogan et les jeunes ambitieux cramés comme Gore, le joli bébé de 120 kilos de muscles que j’ai décidé de mener à la gloire. En slip orange.

Les catcheurs, de vraies pipelettes

TNA Wrestling a tout de l’œuvre de commande, mais le jeu n’en respire pas moins la bonne humeur, et on sent chez les développeurs une réelle fascination pour la délirante dramaturgie du catch. Le jeu se signale d’abord par des graphismes ancienne école, qui rappellent la rondeur des sprites 16 bits. Les catcheurs ressemblent à de gros bébés moelleux, avec des rôtis à la place des pectoraux, des jambons en guise de biceps. Engoncés dans des slips, affublés de masques, de nuques, de moon-boots, nos braves catcheurs ne dépareraient pas dans un clip de Lady Gaga. Le travail de stylisation graphique, s’il s’explique notamment par des raisons économiques — permettre de reproduire le personnel de la ligue TNA à partir d’un seul modèle modulable — confère à l’ensemble une légèreté bouffonne des plus réjouissantes : on prend vite en affection ces pantins de chair, qui ne pensent qu’à se filer des bourre-pifs, se piquer leurs copines aux gros nénés, et se provoquer à la moindre excuse.

Les pantins de pixels sont peut-être plus touchants que leurs originaux, sans doute grâce à l’écriture des dialogues. Entre deux combats, les catcheurs sont de vraies pipelettes, qui livrent au héros leurs plus intimes ambitions — devenir plus costauds que les autres — ou leurs peines sentimentales avec la bimbo au cœur aussi gros que les seins.  Tu peux alors décider de les aider pour te faire de bien utiles alliés pour la suite de ta carrière, en prenant garde de ne pas trop froisser leurs sentimentalités de midinettes. Sans évidemment chercher une quelconque profondeur psychologique, ces dialogues sont plutôt guillerets, notamment grâce aux tombereaux d’insultes toutes plus génialement stupides que s’échangent les combattants, que ce soit en coulisses ou sur le ring. Un jeu dans lequel on peut draguer en proposant à une poulette de signer un autographe sur une partie de son corps, traiter la mère de son adversaire de « baleine échouée sur la plage « ou le menacer de « le décapiter et de couper le reste en tranchettes » avant de lui balancer un bon vieux glaviot sous les applaudissement ou les huées du public, ne peut manquer de te voler un sourire. Et les trouvailles du genre pullulent : avec TNA Wrestling, tu fourres dans ta poche un concentré de noms d’oiseaux et d’humour de cour de récréation.

La comédie est un sport de combat

En tant que jeu, le bilan est plus mitigé. Un système d’alignement à la Bioware permet de choisir grosso modo deux voies, respectant en cela le manichéisme du catch. Tu peux jouer les bons samaritains, poli avec les nanas et respectueux du patron, ou le jeune connard ambitieux qui met des mains au fesses et humilie les plus faibles. Quoi que tu fasses, au pays d’Hulk Hogan, tout se termine en baston de toute manière. Sur le ring, il s’agit de dépenser des points d’action chacun son tour pour enchaîner des combos et grignoter la barre de vie de l’adversaire. Quelques subtilités, comme la présence de pouvoirs spéciaux faisant appel au public, de contres, de combats d’équipe, ou encore le recours aux QTE masquent difficilement une certaine vacuité. On pense par moments aux RPG Mario — et tu te souviens peut-être d’un splendide chapitre consacré au catch dans l’excellent Paper Mario 2 –mais vraiment de très loin, tant le système de jeu manque de réelle profondeur : on a trop souvent l’impression que seul le dernier QTE, qui se résume à appuyer au bon moment pour immobiliser l’adversaire ou au contraire pour éviter de l’être, est déterminant dans le résultat du combat. Malgré toutes ces réserves, le simple plaisir d’enchaîner des coups aux noms exotiques comme « la saucisse pimentée » ou « le tueur de gringos  » suffit à notre bonheur. De toutes manières, c’est plus comme un mal élevé digico que comme un jeu-système qu’il faut envisager TNA Wrestling.

En termes culinaires, on pourrait parler de jeu-poutine; un peu à la manière du plat national québécois, en associant des frites, du fromage fondu et de la sauce brune, on obtient un plat pas bien fin, un peu lourdaud, pas tout à fait politiquement correct, mais finalement fort réjouissant. Tu peux essayer la démo ici.

Written by Martin Lefebvre

19 mars 2010 à 21:46

Publié dans Critique

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6 Réponses

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  1. Si un jour tu as le temps, essaie Total Extreme Wrestling. C’est ma série de jeux de catch fétiche, avant même Smackdown vs. Raw.

    Shane_Fenton

    30 mars 2010 at 13:08

  2. J’ai jamais fait de jeu de catch… Enfin pas depuis longtemps longtemps… Un jour j’avais reçu par erreur de Play.com un Smackdown, mais je leur ai renvoyé.

    Ton Total Extreme ça se joue bien en solo ? Généralement les jeux de fight c’est soporifique tout seul.

    Martin Lefebvre

    30 mars 2010 at 13:51

  3. En fait, Total Extreme Wrestling (anciennement Extreme Warfare) est un jeu de management de fédération de catch, et pour ce que j’en sais, il ne se joue qu’en solo. C’est assez spécial, mais une fois qu’on est rentré dedans, c’est vraiment le pied.

    Shane_Fenton

    30 mars 2010 at 17:13

  4. Le catch c’est pas mon univers, mais ça a l’air assez intéressant dis donc. Tu as rien écrit sur ce jeu ?

    Martin Lefebvre

    31 mars 2010 at 09:14

  5. C’est-à-dire que je suis encore plus lent à écrire un test qu’à écrire un article « normal » (je n’en ai fait que 4 pour Gaming Since, si on exclut mon top 10 des « jeux de la décennie »). Et puis même si j’ai plus ou moins réussi à rentrer dans le jeu, c’est long à maîtriser, et il faut les bons mods (du genre, ceux qui remplacent les catcheurs génériques tout pourris de base par ceux de la WWF/WCW/ECW/WWE…).

    Voilà leur site : http://www.greydogsoftware.com/home.php (à noter que la version 2005 est disponible gratuitement)

    Shane_Fenton

    31 mars 2010 at 13:11

    • Nan mais attend Monsieur Fenton, tu veux faire jouer les gens à des jeux de catch, ça se mérite, faut les charmer par des mots, des métaphores musclées, de l’huile de coude dans la tronche, ça se mérite ce genre de perversions !😉

      Martin Lefebvre

      31 mars 2010 at 19:38


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