Devant ton écran

Jeu monstre (FDT 2017)

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Allez, arrête avec les blockbusters, parle nous un peu de série B, me demandes-tu ? Fort bien lecteur, je vais faire mon possible pour te complaire.  Connais-tu Force de défense terrestre 2017 ? Le troisième volet de la série Chikyû Boueigun. Un third person shooter, un de plus sur Xbox 360, un des plus cheaps aussi, puisque Sandlot l’a développé pour la collection budget Simple Series de D3, qui compte bon nombre de nanars et quelques perles,  et que tu as pu croiser dans les bacs de promotions, édités par Agetec ou 505 Games. Inspiré des kaijū eiga, ces films de monstres géants dont la mode est lancée en 1954 par le fameux Godzilla d’Ishirō Honda, FDT partage avec ses modèles ses effets spéciaux en toc,  ses lézards craignos, et une fort réjouissante débilité, puisque la Terre — c’est-à-dire Tokyo et ses environs — est envahie par une cohorte de fourmis géantes en caoutchouc, parachutées par de  titanesques  soucoupes volantes en fer blanc, et accompagnées d’une pléthore de mastodontes robotiques, d’araignées bondissantes de la taille d’un bus, de colossaux mécha-dinosaures. Autant dire qu’il sera ton devoir, en tant que joueur, d’exploser ces affreux au lance-roquettes.

Il faut dire aussi qu’avec un pareil pitch, et un moteur physique de crevard, le jeu n’a pas fait forte impression sur nos amis les journalistes. Cela dit, la série a un public de fans, comme le camarade Barbo, grand connaisseur en séries B vidéoludiques, qui t’explique le bien qu’il pense du premier épisode sur Playstation 2. Kieron Gillen a aussi signé un beau papier sur Eurogamer. Mais le meilleur article consacré au jeu vient évidemment de nos amis de Gameblog, qui prouvent une fois de plus que s’ils ne saisissent pas toujours les moindres subtilités de la création vidéoludique, ils maîtrisent du moins à merveille le comique involontaire. Attention, lecteur, il ne faut pas se tromper, si FDT 2017 est si merveilleusement jouissif, ce n’est pas juste parce que le jeu est d’une simplicité remarquable, satisfait tes bas instincts de destruction (une roquette suffit à abattre un gratte-ciel comme un château de cartes), et te chatouille compulsivement la gâchette dans un fatras d’explosions. FDT 2017 est avant tout remarquablement pensé. Il doit y avoir un proverbe zen ou quelque chose comme ça qui explique que la simplicité est une voie ardue. Tu peux te dire que chez Sandlot ils le connaissent, ce proverbe.

Détruire et jouir du spectacle de la destruction

FDT travaille le gigantesque à la mitraille

Le modèle cinématographique n’est pas qu’un vain enrobage, FDT 2017 travaille sa nature spectaculaire. Certes, vus de près, les modèles des ennemis sont d’une rigidité affligeante. Mais baste, il faut justement que tu évites de trop t’approcher d’une horde de fourmis géantes, si tu ne veux pas finir écrabouillé dans une forêt de pattes pixelisées. Ainsi, le joueur est en quelque sorte complice de la mise en scène : les ennemis grouillants doivent être explosés de loin, il s’agit de maintenir entre eux et toi une distance de sécurité qui permet au spectacle pyrotechnique d’offrir son maximum de visibilité. Détruire et jouir du spectacle de la destruction, comme lorsque tu abats les forteresses volantes que tu regardes doucement s’écraser sur les immeubles voisins. FDT travaille le gigantesque de manière tout aussi efficace — quoiqu’évidemment différente — que Shadow of the Colossus. Tu incarnes un simple troufion, membre des Forces de Défense Terrestres, le genre de figurants qui traditionnellement sert de chair à canon dans les kaijū eiga, pitoyables parodies des soldats japonais confrontés à la puissance de feu américaine. Mais dans dans FDT, contrairement à la tradition, le troufion est roi. Alors que les héros des films des années 50-60 sont des scientifiques qui inventent des robots géants pour combattre la menace, les véhicules sont ici grotesquement inefficaces, et c’est à pied que le soldat d’infanterie purifiera le sol terrien de toute menace extra-terrestre. Ainsi, contrairement aux jeux de méchas, FDT insiste sur la différence d’échelle entre le héros et les créatures qu’il affronte.

Une bordée d’injures et de missiles

Une pochette très série B


La manière dont ces ennemis sont introduits joue presque toujours sur la profondeur de champ. Là bas, au loin, à l’horizon, tu aperçois un grouillement : des antennes, et tout à coup une fourmi escalade un building, à 1 kilomètre de toi, et la masse se rapproche dangereusement tandis que tu ouvres le feu. Plus tard, sur une vaste plage débarquent des robots géants sortis tout droit de La Guerre des mondes : leurs silhouettes se dégagent sur le couchant, et à mesure qu’ils approchent tu réalises à quel point ils sont gigantesques. D’ailleurs quand vidant une quinzaine de missiles sur l’un d’eux tu le fais exploser, la manette et l’écran tremblent frénétiquement, et tout le paysage s’illumine de flammes au point que tu n’y vois plus rien. Tu continues à tirer, et quand le rideau brûlant se lève sur le robot qui chancelle et explose à nouveau, tu aperçois un autre titan qui ouvre le feu sur toi. N’oublie pas que depuis Hiroshima et les bombardements au napalm sur Tokyo, la destruction est une des préoccupations majeures de la culture japonaise : FDT 2017 joue la carte de l’hyperbole délirante. Dernière illustration de ce gigantisme, l’apparition au bout d’une dizaine de missions d’une sorte de boss rappelant Godzilla. La créature apparaît au loin, tout au bout d’un vaste boulevard. Tu l’arroses de roquettes en chargeant vers elle, elle répond en crachant du feu tout autour d’elle, remplissant l’écran et massacrant les autres soldats qui t’accompagnent. Et tout d’un coup, la monstrueuse bestiole s’élance sur toi, tu l’esquives comme tu peux en perdant un quart de ta vie, tu te retournes : elle est hors-champ, énorme corps que tu cherches dans le paysage urbain en ruines. Tu la découvres à l’emplacement d’un gratte-ciel réduit en gravats, prête pour une nouvelle passe, et tu lui envoies une bordée d’injures et de missiles.

Robotron à l’arme de destruction massive

Gérer la menace pour ne pas se faire déborder


Ces effets de mise en scène cinématographique n’excluent pas pour autant une réflexion sur la jouabilité. Tout spectaculaire soit-il, FDT 2017 est avant tout un jeu vidéo, et il propose une structure ludique qui mérite d’être examinée de plus près. Un peu comme pour un film dont tu te repasses les morceaux de bravoure en boucle tout en ricanant bêtement, FDT invite à rejouer ses niveaux en changeant de difficulté. En effet, un système de loot à la Diablo t’invite à farmer les niveaux pour accumuler des points de vie et des armes, dont 150 modèles sont disponibles. Plus tu pousses la difficulté, plus tu as de chances de trouver de surpuissantes pétoires, nécessaires pour progresser dans le jeu, d’autant plus qu’à partir du mode hard il va falloir te cramponner à la manette pour progresser. Vieux comme la pluie, l’appât marche d’autant mieux que les niveaux sont rapides et nerveux : malgré des chargements un peu longuets, tu replonges immédiatement dans l’action, et en cinq minutes tu peux vider la majorité des cartes. Les 53 niveaux (multipliés par 5 difficultés) sont certes répétitifs, d’autant que les mêmes décors sont sans cesse recyclés. Pour autant, la disposition des ennemis, qui arrivent souvent par vagues successives, outre qu’elle sert la mise en scène, propose des défis ludiques intéressants. A la manière d’un Robotron à l’arme de destruction massive, il s’agit de gérer les menaces par ordre d’urgence, abattre un robot géant avant qu’il ait le temps de t’atomiser à la mitrailleuse laser, éclaircir une forêt de fourmis avant d’être encerclé. Dans les niveaux urbains il est essentiel d’utiliser à bon escient les immeubles, que ce soit en les rasant pour s’ouvrir une issue, ou en attendant que les ennemis grimpent dessus pour provoquer leur chute. La relative richesse de l’arsenal permet de donner au jeu un côté bac à sable plutôt intéressant, d’autant plus que le joueur est limité à deux armes. Si pour tout te dire je préfère largement les roquettes, toutes les armes ont leur intérêt : fusils mitrailleurs ou shotgun pour le combat rapproché, tourelles de défense, missiles à tête chercheuse… Les possibilités de se créer un style de jeu sont nombreuses, et les missions les plus ardues demandent un peu de réflexion : vaut-il mieux un lance grenades à répétition ou un gros missile extra-lent mais ultra-destructeur ? On le voit, FDT te posera de profondes questions métaphysiques.

Malgré de nombreuses imperfections, qu’explique son budget famélique, FDT 2017 parvient à concilier spectacle et action, dans un très réfléchi bombardement de n’importe quoi hyperbolique. C’est un des meilleurs exemples de la série B japonaise, à côté de titres comme Michigan ou SOS : The Final Escape. C’est aussi, avec le beaucoup mieux produit Lost Planet, un témoin que le TPS peut combiner la démesure et une certaine rigidité ancienne école. Surtout, FDT 2017 est un  feu de joie, un jeu du feu de Dieu, un feu à volonté.

Written by Martin Lefebvre

24 février 2010 à 13:20

6 Réponses

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  1. Aaah j’ai toujours rêvé de ce jeu !

    C’est le genre de série qui te rend dingue alors que tu sais très bien que c’est un nanar, à l’instar des Dynasty Warriors. J’ai beau savoir que c’est moche, répétitif, calqué à l’infini sur les premiers opus et que l’I.A est plus une Débile Artificielle; je n’arrive pas à m’arrêter, c’est jouissif !

    Tiens d’ailleurs pour ton potentiel proverbe zen, il y a Stendhal qui a peut-être copié sur (un potentiel) Lao Tseu du coup ! Dans « De l’Amour » on peut lire : « Il n’y a qu’une grande âme qui ose avoir un style simple » (fragment 28) Hourra, FDT est un jeu transcendant !

    Alexis

    24 février 2010 at 19:54

  2. Il était dans le bac promo de la Fnuc pendant les soldes, genre à 15 euros et 30 euros les 3. Bon évidemment je suis arrivé tard, et pour le reste y’avait rien de bon, donc je l’ai payé 15 boules. A mon avis ça dû filtrer en occase depuis.

    Par contre attention : même si dans de bonnes conditions ça pète bien et c’est même beau, c’est violemment plus cheap qu’un Dynasty Warrior.

    Merci pour la citation de Stendhal. Enfin je vais laisser pour le moment le privilège de citer Stendhal dans un texte élogieux sur le jeu vidéo à Olivier Séguret, une fois par semaine ça suffit amplement.

    Martin Lefebvre

    24 février 2010 at 20:43

  3. On dit que le jeu est moche, mais je trouve la toute première image superbe.
    Je trouve que le côté cheap est accentué par la traduction en Français du titre « Force de Défense Terrestre 2017 ». Quand on y pense, les titres français claquent moins…

    Sinon, je suis entièrement d’accord sur l’allusion au Kaijû-Eiga. Si Honda Ishirô a fait le mythique Godzilla, je m’étais regardé « Les Envahisseurs attaquent » du même réalisateur. C’est un film qui fait partie des 30 suites. Et c’est excellent, de voir une sorte de melting-pot d’un tout sensationnel. Et vas-y que tu as des monstres (Godzilla n’est plus seul depuis longtemps) et en plus tu as une attaque extra-terrestre, avec des vaisseaux jaunes et rouges.

    Supposons que je veuille bien me lancer tenter par l’expérience… est-ce que ça peut jouer par petit bout? Parce que je n’aurais plus vraiment le temps de jouer jusqu’à juin…

    Numerimaniac

    25 février 2010 at 10:15

  4. Oui oui ça se joue très bien par petits bouts, des missions de 5 minutes, 10 au max. C’est d’ailleurs une grande qualité du jeu.

    Concernant la beauté, c’est pas vilain, c’est assez clean de loin mais bon pour un jeu 360 on sent que les textures sont perraves… Genre les streums te crachent de l’acide ben c’est un pauvre aplat verdâtre ou jaunâtre… les animations sont toutes rigides… Le perso court comme un idiot du village atteint de scoliose (tu vas me dire il porte un lance roquette deux fois plus lourd que lui…). Le plus naze c’est que par exemple les fourmis en crevant se rigidifient, aucun effet ragdoll donc t’as des statues de fourmis qui rebondissent dans le niveau… Bon c’est cheap faut pas mentir.

    Mais les couleurs, les horizons sont pas mal.

    C’est marrant, un de mes premiers papiers de critique un peu journalistique, c’était sur une nuit ciné SF à Lille, où ils avaient passé Prisonnière des Martiens de Honda, que j’avais écrit pour la Gazette de mon club de JDR. Ahlala le temps passe…

    Martin Lefebvre

    25 février 2010 at 11:12

  5. Dire que j’ai Monster Attack et que je n’y ai toujours pas joué, quelle honte.

    Je disais quelques articles plus loin que le jeu video était un media qui se prenait trop souvent au sérieux. Heureusement, des titres comme FDT 2017, Monster Attack ou Demolition Girl proposent une alternative moins premier-degré et qui aime farfouiller dans certains sous-genres peu traités.

    Simply Smackkk

    5 avril 2010 at 20:49

  6. Vraiment très bon ! Du fun, des gros booms, des monstres géants, que du bonheur ! Un mélange de time crisis (en plus facile, mais avec plus de grande carte et moins de contraintes ) de films d’horreurs/sf, le tout meltiné d’arcades dejantés et de destructions en chaînes, un vrais régale malgré les défauts techniques… Que g oublié !

    Cèdric goa

    16 février 2011 at 14:50


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