Devant ton écran

Jedi

with one comment

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Tu sais, je suis pas particulièrement client de Star Wars. Comme un autre, quand j’étais petit… j’étais Han Solo. Mais à bien y réfléchir, je suis pas si mécontent que la vie n’ait pas répondu au plus cher désir de mes huit ans : ne pas être Harrison Ford, c’est peut-être s’épargner une longue déchéance. Je n’ai vu aucun des « nouveaux » épisodes, et ça doit faire dix ans que je n’ai pas vu un des films de la première trilogie. Par contre, forcément, dans le jeu vidéo, difficile d’échapper à la licence de Georges Lucas, qui plus est alors qu’elle s’affiche sur Steam. Alors je joue à Knights of the Old Republic, le premier, le Bioware de 2003.

Je vais t’épargner l’avis argumenté sur le jeu. C’est pas la franche extase, mais je l’ai pris à l’envers ce jeu. J’ai commencé par Mass Effect, qui reprend pas mal de motifs de son ancêtre, mais avec un souffle supplémentaire. Après, je suis passé au Kotor 2, l’Obsidian, qui en somme est très proche du premier, en plus troué de partout, mais peut-être aussi en plus brillant. J’ai eu un bug fatal sur Kotor 2, il paraît que c’est fréquent, mais je n’en veut pas à Chris Avellone et ses camarades, de toutes façons, je les finis rarement mes RPG adorés. Avec tout ça, je sais pas trop quoi penser de ce premier Kotor, qui a rendu les autres possibles, qui est un jeu très solide, parfois attachant, mais qui m’emmène pas exactement au septième ciel. Ca m’empêche pas d’y jouer, note.

Tu (toi, devant l’écran) rentres du boulot crevé. Tes collègues t’ont gonflé aujourd’hui, et tu as l’impression d’avoir oublié de règler un truc qui t’échappe, tu es sûr que demain tu vas passer du temps à rattraper tes conneries. Le surgelé Picard à 5 euros la part n’a plus le même goût que la première fois. Il ne faut pas que tu oublies le chèque de la crèche.

Tu es tombé dans le côté obscur du quotidien.

Sauf que, new hope, comme ils disent, te voilà devant ton écran justement, et tu enfiles ta bure de jedi.

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Maître jedi règle tes problèmes de chiens errants

Tout de même, jedi, c’est une bonne situation. Soit, sur Dantooine, tu as des maîtres vaguement relous, le genre à avoir appris la mystique dans un tract de Ségolène Royal. Mais assez rapidement, ils te laissent partir sauver l’univers avec un gros vaisseau et une bande d’inadaptés sociaux. Et là tout d’un coup, tu te sens en apesanteur. Il n’y a plus le moindre poids qui pèse sur toi. Voire, tu fais léviter ce qui t’entoure. Les automates distributeurs de mission te parlent de leurs problèmes. Leur frère a disparu. Ils ont besoin d’un vaccin. Leur femme veut les exploser à la mine à fragmentation. Pas de soucis, Maître Jedi règle les problèmes de coeur brisés, voilà, tu es un marabout dans ce petit monde de polygones. On te glisse un mot, tu fais quelques pas, tu traverses un désert en quelques enjambées, tu révolutionnes une planète en vingt minutes, tu es comme ça, à la cool. Kotor, ou The Birth of the Cool. En plus comme c’est un jeu, tu sais très bien que tous les problèmes ont été mis là comme des cadeaux, pour te faire plaisir, pour te donner de l’importance. Pour que tu les règles. On retrouve ce côté accoucheur chez le Shepard de Mass Effect, mais dans Kotor la trame est peut-être plus visible.

Ton pouvoir de jedi, c’est même pas la baston. Enfin un peu, tu leveles comme un porc, comme toujours. Mais franchement, les combats c’est pour rire, pour que tu aies l’impression de jouer à un RPG. Alors que pas du tout. Tu es dans un simulateur de Fonzie, tu as quelque chose de christique, sans le côté laborieux de la passion. Tu règles des problèmes, à la cool. Evidemmment, t’es libre d’être méchant, le côté obscur, tu peux devenir Dark Machin, niquer les animaux, vendre des esclaves, la totale. Mais ça ne change pas grand chose au bout du compte, parce que finalement, tu vas tout de même le rincer le jeu, les épuiser les problèmes. Que tu sois blanc ou noir, l’important c’est de savoir que tu y peux quelque chose. Ca c’est tout de même, je suis désolé de te l’annoncer, un sacré fantasme . Au bout du compte, après trois quatre heures de jeu déjà, sur une planète il n’y aura plus aucun problème. Tu n’auras plus à t’en faire : tout sera réglé, et cela grâce à toi, à tes petits neurones qui auront choisi la réponse qui correspond au profil de ton personnage, dans une liste de cinq réponses possibles.

starwarskotor2_0702-d_1088748562_640wL’assomption de Maître Jedi


Alors tu vas continuer à jouer. Putain, c’est tout de même plus facile comme ça, non ? Les collègues, les gosses, la femme, si tu pouvais ranger tout ça dans des petites cases, si tout cela pouvait n’appeler qu’une longue série de quêtes, que tu pourrais traiter une bonne fois avant de les considérer comme définitivement résolues. Ce serait tout de même plus facile, si t’étais un jedi.

PS : Si tu veux essayer de conceptualiser, tu peux considérer qu’au contraire du jeu compulsif qui cherche à toujours maintenir ton désir en éveil, le jeu cool, s’il use parfois des mêmes mécanismes, vise surtout à te bercer dans une confortable satisfaction.

Written by Martin Lefebvre

17 septembre 2009 à 21:10

Publié dans Critique

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Une Réponse

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  1. […] peut-être si tu suivais un peu, j’ai le béguin pour les dernières productions Bioware. Si Kotor m’a laissé froid, j’ai adoré Mass Effect et Dragon Age : Origins. Du coup, j’avais peur de […]


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