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Le cas Scott Card

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Je n’ai pas joué à Shadow Complex, et pour autant que je sache, ce jeu XBLA a l’air d’une très honnête mise à jour de Super Metroid, s’il faut en croire des critiques plutôt élogieuses.  Mais le jeu du studio Chair, édité par Epic, fait polémique, à cause de l’implication du très controversé Orson Scott Card. Auteur de science fiction à succès, récompensé de nombreux prix notamment pour son roman La Stratégie Ender, Scott Card est aussi connu en tant que polémiste très engagé à la droite chrétienne américaine. Mormon, il s’oppose radicalement au mariage homosexuel, allant même jusqu’à prôner la désobéissance civile pour entraver son application : « Regardless of law, marriage has only one definition, and any government that attempts to change it is my mortal enemy. I will act to destroy that government and bring it down. » (Mormon Times du 24 juillet 2008). Une si délicate retenue nous permet de déduire que Scott Card est complètement fondu. Cela n’a pas empêché Donald Mustard, le fondateur de Chair, qui avait déjà travaillé avec Card sur le médiocre Advent Rising, de faire appel à l’auteur pour créer une licence globale, dont Shadow Complex n’est qu’un des éléments. En effet, le jeu a été précédé en 2006 par le roman à succès Empire, dont l’intrigue semble gratinée : les USA sont déchirés par une guerre civile causée par un coup d’Etat d’une armée de gauchistes, « Progressive Restoration » (joli oxymore) qui met le pays à feu et à sang. A vrai dire, cela aurait pu passer comme une lettre à la poste, d’autant que le jeu en lui-même ne semble pas très éloquent, mais un sujet sur Neogaf a mis le feu aux poudres.

Citant les déclarations homophobes de Card, un membre surnommé Coins propose de boycotter le jeu. S’en suit une discussion qui dépasse très vite le cadre du forum, et dont le très bon article de Christian Nutt sur Gamasutra fait un fidèle résumé. Diverses positions sont défendues : certains balayent le problème, « ce n’est qu’un jeu » (position que critique vivement, et selon moi à raison Christian Nutt), d’autres comme Dawdle de Gaygamer proposent de ne pas boycotter le jeu, mais de verser à une association de défense homosexuelle une somme afin de contrebalancer l’achat. Réagissant à l’article de Gamasutra, Peter David, le scénariste du jeu, dénonce quant à lui l’aspect intolérant du boycott (voir aussi cet article sur Kotaku)… D’autant plus qu’il en a déjà éprouvé les effets. Scénariste chez Marvel, il a été un des premiers à évoquer ouvertement une relation homosexuelle entre deux super-héros, s’attirant ainsi les foudres de la droite chrétienne dont Scott Card est un des plus vociférants éléments. Autant dire que la situation manque de clarté.

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Shadow Complex, le jeu du scandale


Voilà pour les faits au moment où j’écris. Que faire de cet imbroglio ? On peut dans un premier temps se demander dans quelle mesure l’intervention de plusieurs scénaristes au pedigree avéré était nécessaire pour écrire un jeu où il s’agit avant tout d’infiltrer une base militaire secrète… Un esprit facétieux pourrait signifier aux développeurs de Chair qu’il eût été tout à fait honorable et économique dans ce contexte d’employer l’éprouvé :  « President Ronnie has been kidnapped by the ninjas. Are you a bad enough dude to rescue Ronnie? ». Il me semble que le malentendu vient surtout d’un problème de culture de la part de Chair et Epic (qui édite le jeu). On ne peut pas blâmer l’envie de donner au projet une certaine ampleur narrative, et on peut comprendre que cette ambition conduise à faire appel à des professionnels. Et qui est plus professionnel que Card, auteur validé non seulement par son succès de librairie, mais aussi par les très sérieux prix Hugo et Nebula ? D’ailleurs, comme beaucoup de geeks, David Mustard est fan de Scott Card. Et c’est bien là que le bât blesse. N’en doutons pas, Chair et Epic sont tout à fait professionnels quand il s’agit d’estimer les qualités ludiques d’un titre. Mais la paire s’est montré d’un amateurisme assez consternant pour ce qui est du message associé au jeu. Etre fan d’un auteur, ce n’est sans doute pas la meilleure façon de travailler en sa compagnie. C’est surtout prendre le risque de fermer les yeux devant certains aspects dérangeants de son oeuvre, et se retrouver à devoir défendre un univers dont on ne partage pas forcément les valeurs ultra-réactionnaires. En ce sens, Mustard et compagnie méritent largement la volée de bois vert qu’ils sont en train de recevoir. Comme l’explique Christian Nutt, les joueurs ont grandi, et certains d’entre eux sont incapables de retourner en enfance : ils ne peuvent oublier qu’ils sont des êtres politiques, et le fait d’avoir un pad en main ne les isole pas des combats de société.

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Ambiance futuriste grisâtre, rien de bien nouveau…

Pour autant, ce constat ne nous dispense pas d’une analyse plus large. D’abord, en se demandant dans quelle mesure le présent débat concerne les gamers. Gamasutra et Gaygamer ne sont sans doute pas représentatifs de l’état de conscience du joueur moyen, qui, pour autant qu’on le sache, ne se sent pas concerné par une telle polémique (la position « ce n’est qu’un jeu » déjà évoquée). On peut néanmoins se réjouir qu’enfin ce genre de débats émerge, qu’enfin l’aspect idéologique des jeux soit considéré en lui-même. Certes, le cas Shadow Complex n’est peut-être pas le meilleur exemple d’une prise de conscience de ce contenu. En effet, jusqu’à preuve du contraire, ce sont surtout des considérations extrinsèques (les articles engagés de Scott Card, le roman Empire), qui permettent de dénoncer le jeu. A ce prix, il y aurait sans doute nécessité à se méfier des jeux de Stardock (Galactic Civilization 2), pour peu qu’on lise le blog politique totalement barré libertarien du PDG Brad Wardell, ou même de bouder les Sims du franchement bushiste Will Wright…  A vrai dire, si elle peut se justifier, ce genre de méfiance demande à être tempérée pour ne pas tomber dans la pure et simple chasse aux sorcières. On ne sait pas bien aujourd’hui ce qu’il faut attendre d’un tel emballement, quand on voit que la montagne de commentaires sur l’aspect potentiellement « raciste » de Resident Evil 5 a accouché dune souris : au final, les débats sur le racisme dans le jeu vidéo et sur le contenu réel du jeu… n’ont pas eu lieu. Plus généralement, qu’il me soit permis de continuer à lire Lovecraft ou Céline tout en relevant leur xénophobie maladive. De même, je préfère de loin une analyse interne du jeu, qui pointe dans la narration ou plus profondément dans le gameplay lui-même les partis-pris (qu’ils soient louables ou non) ludiques. C’est ce que fait le camarade Fortin à propos des jeux de guerre par exemple. Cela revient à affirmer que le gameplay lui-même peut servir de vecteur idéologique, comme le montre brillamment Raid Gaza ! en déconstruisant la balance du RTS pour faire la satire de la politique israélienne. Ainsi, j’attends avec impatience une analyse des idéologies qui traversent réellement Shadow Complex. Au moins la polémique aura-t-elle permis de nier la supposée innocence d’un jeu vidéo qui se conserverait pur de toutes teinture politique, juste pour le fun. Et il faut aussi peut-être  se satisfaire que le débat ne vienne pas de l’extérieur, comme trop souvent amené par une association qui ne connaîtrait pas bien les joueurs, mais de Neogaf, un des centres de la communauté des gamers.

Dernier élément, il faut noter que cette polémique est soulevée par une question sociétale, ce qui n’est évidemment pas innocent. Si le combat pour la reconnaissance du droit des homosexuels est tout à fait honorable, et si je le soutiens totalement, il n’en reste pas moins que ce combat est tout à fait compatible avec une certaine bien-pensance qui se montre résolument conservatrice sur d’autres sujets. Pour le dire autrement, on peut défendre le mariage gay tout en étant complètement aligné sur la pensée unique libérale. Ce constat, s’il semble arbitraire, me paraît pourtant révélateur de l’état d’éveil social des joueurs : on est encore loin d’une prise de conscience des valeurs parfois discutables que véhiculent les mécanismes de jeu. Il faudrait sans doute jeter un oeil critique sur les aspects les plus violents des jeux vidéo, qui ont peut-être plus à voir avec la violence symbolique qu’avec les pistolets : violence de la compétition, culte de l’accumulation et de la consommation, le jeu vidéo répand des valeurs qu’il serait bon d’examiner de près,  c’est à dire de prendre au sérieux, y compris dans des titres apparemment innocents. Examen qui ne serait pas celui du censeur, mais de l’adulte critique, engagé et concerné, désireux de débattre. Il y a encore du chemin à parcourir. Le jeu vidéo a tout à gagner à être pris au sérieux, et au final on se demande si au lieu de chercher une caution « artistique » en faisant appel à des écrivains comme Scott Card, il ne faudrait pas avant tout que la critique vidéoludique fasse preuve de plus d’exigence.

Written by Martin Lefebvre

25 août 2009 à 10:17

Publié dans Analyse

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9 Réponses

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  1. ‘la position “ce n’est qu’un jeu” déjà évoquée’
    Oui ça n’est qu’un jeu. Orson Scott Card peut-être une personnalité très controversée, la dimension politique qu’il donne à ses livres, n’apparait pas dans le jeu. Il a été choisi comme tout autre écrivain de qualité de SF, mais pour les polémiques qui l’entourent, ce n’était sûrement pas le meilleur choix à faire.

    Shadow Complex ne contient pas, à mon humble avis, d’idéologie sous-jacente. Cette polémique a pris rapidement des proportions gigantesques, mais je ne pense pas que c’était réellement justifié.

    Phenos

    28 août 2009 at 18:38

    • Le problème c’est que le livre Empire et le jeu ont été développés en même temps. Jouer à Shadow Complex sans savoir dans quoi on met les pieds, c’est potentiellement être surpris si on veut continuer la découverte de l’univers et qu’on tombe sur un livre de SF ultra-réac.

      Ni plus, ni moins.

      Ca me paraît juste intéressant d’informer les clients potentiels, sans pour autant appeler au boycott.

      Comme tu le dis, OSC n’était sans doute pas un bon choix (mais il est proche de Mustard apparamment, même s’ils n’ont pas nécessairement les mêmes opinions), d’autant plus qu’il ne semble pas apporter une énorme plus-valu au jeu.

      De manière plus large, toutes les oeuvres, contiennent, plus ou moins implicitement de l’idéologie. Elle est parfois d’autant plus parlante qu’elle est inconsciente. C’est Scott Card lui-même qui le dit d’ailleurs !😀

      Après, je ne peux pas inférer de l’idéologie diffusée par Shadow Complex ; ça ne m’étonnerait pas qu’elle corresponde totalement aux idées dominantes (qui ne sont pas un gage de sainteté, loin de là), mais pour aller plus loin, il faudrait que je finisse par faire réparer ma 360.

      Martin Lefebvre

      28 août 2009 at 19:14

  2. Un excellent article que tu signes encore une fois. et, naturellement, très bien écris :p et stimulant🙂

    Moi non plus, je n’ai pas joué à Shadow Complex, mais qu’il me soit permis de parler tout de même de l’article, qui lui a été lu😉 Il me semble qu’il y a deux choses remarquables dans ce qui se passe, et que tu relèves très bien. C’est tout d’abord l’évacuation par les faits de la position angélique sur le jeu vidéo. Mais cela, il me semble n’est pas nouveau. Déjà, Call Of Duty 4 avait soulevé pas mal de réactions, jusque dans la bouche d’un certain Marcus, qui, dans une vidéo très drôle, posait déjà la question du vernis idéologique du jeu vidéo. Mais peut être qu’avec ce boycott en effet, c’est l’ampleur du mouvement qui est tout autre, ici on ne se contente pas d’un petit paragraphe dans un test, ou de quelques remarques (qui pourraient être intéressantes) immédiatement désamorcées par la forme même qu’elles prennent : la gaudriole. Bref, pardon de ne pas parler de Shadow Complex, mais il me semble que l’article lui non plus n’en parle pas, c’est pourquoi je me permets de donner mon petit avis sur la question que tu sembles te poser : pourquoi ce débat-là plutôt qu’un autre ?

    Une des premières remarques que l’on peut faire à la critique, c’est justement d’avoir purement et simplement démissionné vis-à-vis de son objet en prenant le parti du fun et de l’absence d’analyse. Je ne citerais pas de nom propre afin de ne pas me prendre une volée de bois vert ici aussi, mais il ne faut pas chercher longtemps pour trouver des critiques de jeux exhortant leurs collègues a ne plus critiquer froidement un jeu, mais de le faire avec les tripes, bref la disqualification a priori de toute critique, avec pour principal argument que, eux, ils sont dans le sentiment donc dans le vrai.

    Le problème ne serait donc pas celui d’une critique externe du jeu vidéo, qui consisterait à ne pas analyser l’objet lui-même, mais à analyser les propos de l’auteur ou le contexte dans lequel il a été créé. Cette analyse est extérieure parce qu’elle est simplement l’expression des sentiments/idées (exaltation le plus souvent) de celui qui exerce le métier de critique de jeu vidéo. Et c’est bien tout le problème lorsque l’on veut parler d’idée (celles d’un jeu vidéo par exemple) et qu’on se demande en fin de compte pourquoi telles idées se propagent plus que telles autres, on en vient toujours à la même problématique : il faut penser la réforme des médias. Seul problème en ce qui me concerne, ce n’est pas dans mes possibilités de le faire (je ne suis pas journaliste). Au mieux, avancer une idée (quand j’en ai une ce qui est plutôt rare) et espérer qu’elle soit reprise par ceux, dont le métier, la fonction et de critiquer le média.

    Si l’on accepte de dire qu’il existe une tâche propre à la critique, ce que tu as l’air de faire dans la fin de ton article, et qu’à l’heure actuelle, elle le fait mal, puisque propulsant dans le débat public des idées au mieux vaines, au pire complètement fausses, il faut donc en venir à la tâche qui consiste à dire qu’elles sont les normes de la critique.

    Nous avons eu avec Call of Duty 4, les Postal, et maintenant cette polémique de Shadow Complex des cas inespérés pour mettre en avant un grand manque de la critique du jeu vidéo : son manque d’information (et j’ai envie de dire son in-formation) qui la même a produire de-ci de-là des bricolages théoriques bancals (un coup c’est culte, un coup ça ne l’est pas) qui ne produisent que des synthèses personnelles qui ressemblent plus à une bouillie post-moderne : «je suis un individu, autonome, qui pense, seul, devant mon objet» qu’à un début d’analyse. Ces cas-là mettent en avant un manque cruel donc, un manque de personnes capables de faire glisser du champ universitaire peut-être, de la recherche ( qui ne sert à rien, qui est pompeux, jargonneux, et casse bonbons – voilà qui devrait prévenir certaines interventions😉 ) dans le domaines des médias, de la critique, des forums, bref des joueurs que l’on pourrait «éclairer». Et pas forcément des chercheurs, mais des personnes qui seraient tout simplement informées de ce qui se fait dans ces domaines. Car si je rejoins l’idée que l’analyse d’un jeu doit être interne, analyse de l’esthétique, de la narration, ou celle du gameplay, il faut toutefois être capable d’en manier les outils, et ces outils ne se trouvent pas dans le jeu vidéo lui-même.

    Crions une évidence : il ne suffit pas d’être passionné, de jouer depuis 64 ans (courage! bientôt la retraite😉 ) pour produire une critique de jeu vidéo digne de ce nom. Tout juste un guide d’achat mal informé peut-être. Il ne s’agit pas d’interdire les guides d’achat, pas de jouer au censeur, mais bien de ce poser la question de savoir pourquoi dans ce domaine, il n’y a que ça. S’il est une caractéristique de notre société, c’est bien la division du travail, et celle-ci va s’accélérant. Une certaine critique n’a pas pour tâche de penser le jeu vidéo tout simplement parce qu’elle n’en a pas les moyens, pour faire son travail au mieux, elle pourrait commencer par essayer de faire affleurer dans le débat les positions, et les propositions de ceux dont l’activité et de penser. Bref, en finir avec la démarche, le destin héroïque dont plus d’un journaliste spé se croit détenteur : Je pense, seul, devant le monde. Commencer par interviewer autre chose que des créateurs de jeu vidéo serait un bon début. Fortin a-t-il déjà reçu des sollicitations de Gameblog.fr ?

    Une autre question, il me semble, serait de savoir non pas pourquoi ce genre de polémique ne se produit pas plus souvent, mais tout simplement pourquoi le jeu vidéo ne produit pas plus de titres de ce genre? Pourquoi il y a une uniformisation des contenus, et des formes particulièrement aigües dans ce média. Là également se pose la question de la tâche de la critique, de son fonctionnement à coup de communiqué de presse, de séjour de princesse dans les gros salons du monde entier, de son absence d’investigation, de son ignorance de l’indépendant, de son militantisme mou (le nazisme c’est mal). Et il ne suffit pas d’en appeler mollement à la vertu des consommateurs, on sait que c’est pisser dans un violon.

    Je ne suis pas totalement fou, et je ne pense pas qu’il suffit de réformer les médias pour changer de monde, bien sûr, les forces en présence sont plus massives que cela, les idées telles que « ce n’est qu’un jeu » sont fortement implantées, et il suffit d’un quart de seconde pour activer les mécanismes et réflexes du discrédit de la critique de jeu vidéo : fun avant tout. Mais peut-être s’agirait-il d’un début… avec comme horizon l’émergence d’une critique alternative qui ne se résumerait pas à quelques blogs disséminés ça et là.

    Eidolon

    30 août 2009 at 13:44

  3. Fallout, il y a 12 ans, avait quelque chose à te dire. Une critique de la société, qui n’était pas dissimulée derrière un voile pudique.

    Fallout 3 n’a rien à dire. Il raconte. Il t’endort.

    Les jeux vidéos sont devenus un loisir qui tend à toucher de plus en plus la masse. Ils ne veulent pas que la masse réfléchisse trop. Avec l’arrivée de titres qui se vendent en millions d’exemplaires, l’idéologie des œuvres s’est terrée dans un silence inquiétant.

    C’est-à-dire qu’aujourd’hui, cachée derrière du gameplay et des cinématiques qui occupent une place majeure, il est devenu difficile de discerner l’idéologie progressiste, de la raciste ou de l’anarchiste.

    C’est au journaliste d’accomplir ce travail, cette mission, n’ayons pas peur des mots. S’il ne le fait plus, alors, les divertissement qui endorment l’esprit de l’Homme nous empêchent de trop réfléchir et laissent à d’autres Hommes le soin de diriger notre vie.

    Mais là on va plus loin que le simple problème de Shadow Complex.

    Phenos

    31 août 2009 at 02:41

  4. On peut tout à fait déborder du cas Shadow Complex, de toutes façons ce n’est pas de ce jeu dont je voulais parler (j’en serais bien en peine, et le titre de l’article est un indice que le jeu en lui-même n’est pas le sujet :p ).

    Je suis pas certain d’être d’accord avec toi sur Fallout 3, Phenos. Parce que c’est peut-être un peu maladroit dans le message, mais pour une fois les scénaristes de Bethesda abordent frontalement des questions politiques (ce qui est induit par le genre post-apocalyptique). Pour prendre un exemple simple, on peut penser à la Tenpenny Tower, le ghetto pour riches façon Romero.

    De toutes façons, en plaçant le jeu à DC, qui est vraiment une ville construite comme une allégorie politique de la république américaine, difficile d’échapper au politique. Pour aller vite dans une analyse qui mériterait d’être creusée, le joueur a l’opportunité de restaurer les « valeurs américaines » (là c’est flou, et sans doute très léger de la part des développeurs, mais la mise en place ludique est assez astucieuse), que représentent les monuments du Mall. Par exemple, autour du Mémorial Lincoln se pose la question de l’esclavage / du racisme, autour du Mémorial Jefferson la question de la refondation du contrat social américain (les diverses factions se disputent l’eau en ce lieu)… Et puis il y a le Pentagone, la séquence finale avec la satire (facile) de l’anticommunisme paranoïaque des années de guerre froide (écoute ce que dis le robot)…

    Plus inquiétant peut-être, les super-mutants dans la ville, qui l’ont envahie. Quel rapport avec le vrai DC, rongé par la criminalité, une des villes US où il y a le plus de noirs ? Là, on se demande (encore une fois ça resterait à creuser, je conjecture) s’il ne faudrait pas remettre en cause le discours anti-raciste de surface, et se demander comment les développeurs de Bethesda (qui vivent dans la région je le rappelle) voient l’altérité…

    Il y a plein de trucs dans Fallout 3. C’est un jeu très politique. Là où ça manque de cohérence, c’est sans doute lié à la taille du projet, qui doit être partagé entre plusieurs scénaristes, mais aussi par manque d’une vision d’ensemble idéologique, chaque idée étant plus un coup que l’élément d’un discours construit. C’est vrai que la nature commerciale du projet est sans doute lié à cela, mais on ne peut pas se contenter de balayer tout ce que j’ai pointé du revers de la main.😀

    Martin Lefebvre

    31 août 2009 at 07:51

  5. Très très bon article ! (et super documenté, c’est si rare)
    Je me demandais comment tu voyais la série des jeux Wolfenstein dans ce cadre politque / politisant ?

    killerklown

    8 septembre 2009 at 11:34

    • Merci du compliment.🙂

      Pour Wolfenstein, je ne sais trop quoi te dire, vu que j’ai pas suivi la lente chute de la licence vers la série B, le dernier que j’ai pratiqué plus de 5 minutes étant Wolf 3D. Et comme j’ai pas non plus franchement suivi le débat autour de la question (même si je me souviens qu’il y avait un problème parce qu’on pouvait jouer nazi, non ?).

      Eh bon, mitrailler la tronche de mecha-Hitler à la gatling, j’avais plutôt tendance à approuver, même si ça manquait peut-être de subtilité dans l’engagement.

      Martin Lefebvre

      8 septembre 2009 at 12:34

  6. A propos de ta réponse, tu as raison, il y a certaines critiques politiques saisissantes dans le jeu de Bethesda. Mais l’ensemble manque clairement de cohérence, par l’absence de vision globale de projet.

    Ce que je souhaitais évoquer en abordant les « problèmes de société », c’était les questions relatives au mariage, la prostitution, la drogue, les armes… Des thèmes certes plus communs, mais chers à Interplay ^^. Fallout a toujours été considéré comme une série « trash », et dénonçait à tour de bras, à sa manière. Assumé par Interplay, désavoué par Bethesda.

    phenos

    15 septembre 2009 at 22:00

  7. […] de te gâcher la surprise. Il faut avouer qu’ils sont assez cash chez Chair entertainment. Sur une idée d’Orson Scott Card, un script de Peter David, camarade lecteur ! Six ou sept heures plus tôt, dès l’entame, tu […]


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