Devant ton écran

Sans papiers, le roguelike

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Au départ tu choisis ta nationalité. Tu peux naître Afghan, Somalien, Tamoul, Birman, de toutes façons c’est pareil, tu parles pas la langue. Après tu prends un métier : agriculteur, enseignant, voyou, prêtre ou médecin, tu fais comme tu veux, mais attention ça peut changer tes caractéristiques. Et voilà t’es parti, t’es lâché dans le labyrinthe de la grande ville. T’as faim, t’as froid, t’as pas de papiers. Tu avances dans les rues, il y a des passants qui ne te remarquent pas ou qui s’écartent. Ton premier objectif, c’est de trouver à manger. Alors tu vas looter les poubelles, pour découvrir des épluchures (+1 en satiété), du pain rassis ( + 2 en satiété), des yaourts périmés (+3 en satiété, +1 en intoxication). Si tu te dépêches pas, c’est pas compliqué tu crèves. Après, faut t’équiper. Il fait froid dans le labyrinthe de béton, tu récupères des couvertures élimées, des baskets trouées, un vieux chandail synthétique. Très vite t’es à la mode locale, t’as +12 en isolation thermique, tu devrais tenir le coup quelques tours de plus, même sans vinasse (+2 en chaleur corporelle pendant 30 tours, +1 en intoxication).

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Tu sais pas bien où aller, mais t’inquiète pas, on va te guider. A coups de trique. D’abord y’a les autres comme toi qui galèrent qui te font comprendre que c’est leur place que tu occupes, et comme au début ils sont plus balaises, tu te tailles fissa. Des clochards, des tox, des réfugiés te sautent à la gueule. Tu peux te carapater de suite ou leur mettre un coup de tesson dans les tripes (-6 points de vie) histoire de les calmer un temps. A force de rebondir de rue en rue, tu finis par trouver une station de métro, et hop, tu sautes à un autre niveau. Tu sais pas où, de toutes façons tu connais ni la langue ni la ville. Un peu moins la zone ce quartier, mais y’a des chiens. Ils te repèrent de loin, et ils te lâchent pas. Il te faut une barre de chantier (+10 aux dégâts) pour les repousser. Après tu peux les bouffer, c’est un peu élastique, mais ça remplit la panse (+4 satiété, +1 intoxication, ça a pas d’hygiène de vie un chien des rues). Avec un peu de chance, en guise de bouclier, tu dégottes un panneau de stop (+5 en défense).

Tu vas comme ça de quartiers en quartiers, et tu leveles en survie urbaine. On ne te la fait plus. Les autres paumés comme toi commencent à te respecter, et parfois à te craindre. Évidemment, tu rencontres de nouveaux ennemis, plus féroces, plus acharnés. Tu te fais latter par des skinheads ou des dealers. Des petits vieux appellent les keufs. Les keufs ça a de l’odorat comme les chiens, ça te débusque. Au départ t’as de pauvres vigiles pas trop teigneux, sur lesquels tu peux récupérer un tonfa (+10 aux dégâts, +3 en défense). Mais très vite, au fur et à mesure que tu te rapproches du centre de la cité, où il y a plus de passage, des spots de mendicité, des poubelles remplies, les forces de l’ordre se font plus insistantes. On passe du flic de quartier bedonnant à la BAT, puis carrément aux CRZ, y’a des alarmes, on te colle vigipilote aux fesses, la totale.

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Cela dit t’es en terre de liberté (c’est un jeu vidéo), t’as le choix. Tu peux décider de te prostituer ou même de trouver un boulot. Farmer les agences d’intérim véreuses et les chantiers pour collecter de l’argent et t’acheter un sandwich (+10 satiété, +1 intoxication). Tu risques d’attraper maladies et malédictions, mais ce sont les risques inhérents au genre. Tu peux même décider d’entrer dans les donjons de la préfecture, te glisser dans les centres d’hébergement. Tu risques alors de tomber dans les chausse-trappe du monde administratif. Le grand donjon administratif comporte 99 niveaux, et 999 culs de sac. Tu te cognes dans les couloirs, et le gameplay change. Pour franchir les portes, tu dois obtenir des documents, soit en combattant par la parole les employés, soit en te faisant aider par des parrains : tu peux t’en faire des compagnons, comme le bobo engagé (fric 10, crédibilité 5) ou le vieil hippie sur le retour (fric 3, crédibilité 2, intoxication +2). Dans certains niveaux apparaissent même des stars qui te donnent un gros bonus de crédibilité : le curé médiatique, l’actrice en quête d’un second souffle. Si tu te perds pas dans le dédale, si tu empruntes pas la mauvaise porte qui t’envoie directement au charter, au bout des 99 niveaux, il y a l’ascension, la carte de séjour de six mois, bravo tu as gagné.

Maintenant, tu peux à tout moment viser l’autre condition de victoire, la vengeance. Là tu restes dans les classiques du genre, tu leveles encore et encore et tu te frites les packs de policiers. Sur un trottoir tu rencontres l’ancien ministre de l’intégralité nationaliste, tu lui mets une tête au carré et tu ramasses son portable, qui te donne une aura de pouvoir (bling bling +10). Tu peux à présent repérer les boss du jeu, nos amis qui nous gouvernent. Sur ta route, tu croises les molosses anti-terroristes, le GIPN, tu haches tout ça menu avec ta kalaknikov de revanche sociale (+45 dégâts, poison). Tu vandalises les commissariats et les ministères, t’en profites pour récupérer le fichier secret du ministre Bedon, qui te permet de te déplacer à ton gré dans la cité. Tu roules en grosse voiture, tu es un héros des temps modernes.

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A la fin tu entres dans le donjon d’Alizée, tu te débarrasses des gardes réplicants, et tu es confronté au Seigneur-Président Sarzyk, monté sur un robot géant avec deux gatlings, enfin tu vois que ça peut donner, c’est en ASCII tout de même. Si tu le mets KO, en jetant toutes tes forces dans la bataille, tu peux entrer ton nom sur le Hall of fame.

Mais en fait tu as déjà perdu parce que tu es en train d’imaginer que tu joues à un jeu qui n’existe pas, c’est dire à quel point tu t’es laissé draguer loin de la réalité. Pour retourner au réel, tu peux passer par là par exemple.

Written by Martin Lefebvre

8 avril 2009 à 16:32

3 Réponses

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  1. Et Cereb’ de confirmer par la fiction qu’un jeu vidéo prenant appuis sur des événements réels peut être un puissant outils pédagogique ET fun !
    Y’a plus qu’à attendre Six days in fallujah pour voir ce que c’est que la guerre réellement.

    Y’a pas a dire ils sont fort ces dev’ ka même !

    Faut en refaire d’autre des gameplay-fictions de ce genre, ça pourrait même en devenir un (de genre).

    Eidolon

    9 avril 2009 at 17:40

  2. Bon, puisque tu ne peux plus jouer t’as qu’à nous programmer ça sur un vieux PC merdeux de ton lycée !

    Sinon, dans le rayon « retourner au réel » je suggère aussi ces adresses :

    http://www.droitsdevant.org/
    http://www.cimade.org/

    En tout cas encore bravo pour ton blog, mis à jour assez régulièrement, intéressant et singulier ;o) Dommage que tu ne mettes pas certains des papiers sur PJ, ils auraient une plus grande audience.

    Blog l'Eponge

    11 mai 2009 at 00:26

    • Je crois que la bécane sur laquelle je poste de mon lycée est un Apple II en fait.😀

      Pour les mises à jour je fais de mon mieux, mais ces dernières semaines je manque de temps, et en plus je suis limité dans les jeux que je peux pratiquer.

      Le danger cela dit (et à certains moments je n’en suis pas loin), c’est de trop poster pour meubler pour essayer de retenir le lectorat, même quand j’ai rien à dire !😀

      Mon PC fonctionne encore cela dit, il chauffe violent mais ça ne pose de gros problèmes que si je joue en 3D. Du coup, avec un peu de chances je vais pouvoir finir Plants Vs Zombies et en causer ici même.

      Martin Lefebvre

      11 mai 2009 at 12:26


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