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Viking : Bataille pour le jeu mineur

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2008 a été l’année du viking vidéoludique. Oh, rien d’une lame de fond, mais tout de même une petite poussée de fièvre nordique, qui a eu pour les développeurs sautant dans le drakkar des résultats variés : un triomphe attendu (Wrath Of The Lich King, qui nous envoie farmer dans les fjords), un bide tragi-comique tout aussi prévisible (Too Human), et un Viking : Battle for Asgard reçu dans la franche indifférence. A présent que ce dernier, comme tout jeu édité par Sega qui se respecte, se déniche pour une bouchée de rollmops, il sera peut-être considéré avec une plus grande bienveillance : celle qui convient à un jeu mineur, mais pas déplaisant.

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Ibsen… plus profond que Strindberg ? Tu te fous de moi… graaaoooooarg !!!

Pour tout vous avouer, je ne suis pas vraiment amateur de vikings. C’est sans doute bien injuste envers les sagas islandaises, qui pour ce que j’en sais ont l’air d’être ce qui se fait de plus admirable dans l’épique. Mais quand je pense viking, au mieux je vois Kirk Douglas et Tony Curtis dans un drakkar en polystyrène, au pire le t-shirt d’un groupe de métal symphonique norvégien vaguement néo-nazi. Autant vous dire que je ne suis guère disposé à passer des heures à contrôler un grand bond chevelu à moitié éméché et complètement mal rasé, et à entendre une valkyrie aux gros seins me parler de l’imminence du Valhalla dans le Ragnarok suite au complot d’Odin contre Loki, ou l’inverse. Je fais mon malin, mais tout en gardant une place mineure dans le panthéon de la pop-culture, le viking est pas loin de ce qui se fait de plus cliché, que ça en donne des boutons. Ainsi, Viking et moi, ça commence plutôt mal, mais déniché à dix euros, et sur les recommandations de personnes de qualité (sans doute des fans de Thor), je me suis laissé tenter. Et à vrai dire, je n’ai pas à le regretter : il se laisse bouffer ce Viking. Sur un mode mineur il est même fichtrement plaisant à mélanger bac à sable façon GTA et beat qui tache, pour peu qu’on y joue par petits bouts sans attendre grand chose de lui.

Formulé comme ça, ça  a l’air fielleux, mais du tout. C’est bien gentil les Witcher, les Fallout 3, les Gothic II qui te bouffent la vie, affamé que t’es d’avancer, au point que t’en oublies le temps, le sommeil, et que tes yeux ils font peur. De temps en temps, si t’as autre chose à faire de ta journée que de t’adonner au culte de la sainte console, un petit jeu mineur c’est extra. Et Viking a tout du parfait délassement. D’abord il est respectueux de ton temps : une sauvegarde automatique, sans même que tu t’en rendes compte, toutes les cinq minutes, à la moindre occasion. Parfait pour jouer par petits bouts, quand tu trouves le temps de te poser quelques instants histoire de lâcher la pression. Ensuite il est facile. Un peu trop en normal même. Il paraît que le boss de fin fait des misères à des gens qui ont tordu Ninja Gaiden. J’en suis pas encore là. Pour le moment, avec un peu d’habileté dans la gestion des groupes d’ennemis, tu t’en sors avec quelques combos basiques : un coup de bouclier pour repousser le gros lourd pendant que tu tailles façon bonsaï (j’ai épuisé mes métaphores vikings) ses petits camarades, un bon petit enchaînement pour exploser l’écu du chef, et c’est plié. Bref faut pas s’imaginer un truc profond comme Devil May Cry. N’empêche, le combat a pas mal de gueule et le héros, un blondinet fadasse mais taillé comme un viking un vrai, un tatoué, a une carrure qui en impose dès qu’il s’agit de bastonner (comptez pas sur lui pour causer… la VF est tordante cela dit). Le jeu était vendu sur ses combats de masse : toi et ton armée de gentils blonds barbus contre les légions du mal de Ragnarok du destin. C’est fouillis, mais ça c’est plutôt normal à bien y réfléchir : tu vois les vikings faire des chorégraphies de GRS avant de passer à l’assaut, toi ? Ce qui est plus décevant c’est que ces batailles se résument à choisir une cible pour les dragons (ouais, les vikings sont potes avec les dragons, ça fait super sur un t-shirt) et à bourrer contre un malade pour péter le chaman ennemi (me demandez pas ce que viennent faire ici les chamans, ils ont dû penser que sur les screenshots on confondrait avec Wow). Alors c’est vrai que comme morceau de bravoure, c’est un peu juste. Mais ces batailles sont une agréable diversion.

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Chez Kierkegaard, l’exercice de l’ironie a pour but de défaire les systèmes métaphysiques et scientifiques qui prétendent absorber la contingence de la vie particulière de l’individu

C’est d’ailleurs sa diversité qui fait le charme de Viking. Oh, n’attendez pas non plus le grand-huit sensoriel. On reste dans le fjord, la forêt de conifères et le cercle de menhirs. Mais les décors ont de la gueule, avec des couleurs chaudes qui donneraient presque envie d’aller passer août en Islande. Le jeu comporte trois îles (chacune d’elles étant divisée en deux par un point stratégique à prendre), relativement grandes, où on se balade gentiment pour accomplir diverses tâches : libérer des vikings (pour un peuple de fiers guerriers des mers, ils passent beaucoup de temps encagés au sec) retenus prisonniers par le mal, cueillir des champignons et hacher des champions, explorer des mines, escalader des tours ou visiter des cimetières de drakkars. Il y a même des séquences d’infiltration, pas bien méchantes. Encore une fois, rien de tout cela n’est inoubliable, mais l’ensemble est fluide,  les épreuves s’enchaînent à bon rythme, et on sait toujours où aller. On découvre les lieux avec plaisir. A dire vrai, malgré un gameplay assez unidimensionnel, c’est limite plus agréable à jouer que GTA 4 par exemple : ici tout est fait pour faciliter la vie du joueur. Le beat s’adapte fort bien à la structure ouverte, et ne mâchons pas nos mots, on souhaiterait presque qu’un Aonuma se penche sur une telle structure pour revigorer un peu le prochain Zelda.

A vrai dire, les développeurs de ce Battle for Asgard ne sont pas des inconnus : Creative Assembly, ils s’étaient fait remarquer avec Medieval : Total War sur PC, d’où sans doute l’attente  concernant les combats de masse. Plus récemment, ils avaient sorti un paraît-il fort réussi Spartan : Total Warrior (se révélant ainsi les spécialistes du Double titre : Complètement nul) sur consoles 128 bits, qui avait fait un petit bide, mais qui annonçait déjà Viking. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils produisent un jeu solide, bien fini et structuré malgré une relative absence de génie. Ce qui est plus difficile à comprendre, c’est la cible visée par le produit… Trop facile et superficiel pour les vrais hardcores, sortant un mois avant GTA 4, Viking avec son ambiance bon enfant et ses décors colorés, avec son système de sauvegarde débonnaire, aurait fait un parfait jeu familial, à partager avec les gosses ou à jouer 10 minutes pendant que les petits anges sont occupés à colorier ta collection de Thor. Ben oui, mais c’est un jeu édité par Sega, et en tant que tel, il a une réputation à maintenir : il faut faire un four. Alors les développeurs n’ont pas le choix : ils te foutent des décapitations au ralenti avec sang qui gicle sur la caméra, te collent une classification PEGI 18 +, et te bousillent le potentiel familial du jeu. Ben oui ce serait trop simple d’avoir des vikings mignons et de faire une sorte de Sly Cooper 2 (en moins brillant tout de même) ou même un Mark Of Kri. Des vikings quoi, ça boit de la bière, ça écoute du métal, c’est pour les adultes, ça fait « groar » et ça meurt tragiquement en pleurant des larmes de sang artériel.

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Et si c’était ça le secret de la pédagogie finlandaise ?

En résumé, Viking : Battle for Asgard est un bon jeu pour les amateurs de viking, et surtout pour les joueurs qui ont besoin de souffler entre deux gros titres exigents, ou de se défouler par tranche de dix minutes. Un jeu mineur comme il en faut de temps en temps, varié sans jamais désorienter le bourrin qui sommeille en toi. A 70 euros ça fait un peu cher le tour de manège, mais à moins de vingt euros difficile de ne pas en avoir pour son argent.

Reste à se demander si la version allemande est suffisamment censurée pour être jouable par des gamins, parce que chez Creative Assembly, ils se sont pas posés la question. Tant pis pour eux. En attendant, on va pas trop se plaindre.

Written by Martin Lefebvre

30 mars 2009 à 19:03

Publié dans Critique

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3 Réponses

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  1. Quand on me dit Viking, je pense aux tondeuses. Celles qui vous survivent.

    Blague mise à part, je pense que ce jeu est pour moi. je me rappelle l’avoir surveillé de près, avant de l’oublier, sans doute à cause d’une sortie en catimini (SEGA ne doit pas -ou plus- avoir les moyens de « marketter » ses jeux).
    Il semblerait que je sois la cible type de ce jeu : peu de temps à consacrer, relativement facile, joli… Ce qui m’étonne dans l’article, c’est que le jeu semble parvenir à lier un monde ouvert type bac à sable avec des parties courtes…
    Et pour ne rien gâcher, j’aime les décors nordiques!

    Bref, j’ai envie de m’y mettre.

    Numerimaniac

    30 mars 2009 at 19:38

  2. En fait le truc c’est qu’il y a des zones peuplées de gardes : grottes, tours, scierie, etc. A chaque fois il y a un objectif : libérer des vikings, buter le chef, ramasser un truc. Dès que tu atteins l’objectif, le jeu sauvegarde, et la zone est libérée. La plupart du temps, une zone se cleane en 5-10 minutes, parfois moins. Il y a des missions plus longues, mais en général ça sauvegarde par le biais d’un menhir de téléportation que tu débloques pour reprendre le « niveau » en cours. Comme de toutes façons c’est très facile, tu progresses très vite. Au final, le jeu est pas si ouvert que ça, c’est plus que tu peux te balader et faire un paquet de missions dans l’ordre que tu veux (enfin parfois il y a des préalables). Quand t’as réuni suffisamment d’hommes et diverses conditions, tu peux faire une grosse bataille, et le jeu progresse.

    La limite du système c’est que c’est un peu répétitif et parfois décousu, mais la plupart du temps tu peux avancer en 5-10 mn. En plus tu peux t’amuser à aller chercher les pièces d’or qui traînent un peu partout, et qui permettent d’acheter de nouvelles attaques ou des potions.

    Franchement, ce genre de structure irait bien pour un Zelda (remarque c’est un peu ce que fait Wind Waker avec les îles).

    Martin Lefebvre

    30 mars 2009 at 20:35

  3. Je comprends mieux la structure du jeu, ce qui renforce ma position quant à la parfaite cible que je suis pour ce jeu. C’est vrai que cette structure irait bien pour un Zelda.

    Numerimaniac

    2 avril 2009 at 00:41


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