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Gothic II : premiers pas

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Gothic II est exigent. C’est presque un euphémisme, tant le joueur s’en prend plein la gueule. Un pas de travers, un peu d’ambition mal placée, et le rappel à l’ordre ne tarde pas : d’un coup de dent le moindre loup vous aplatit. Le héros, frappé d’une bien commode amnésie, a oublié comment se battre, et ce ne sont pas des paroles en l’air. Au début, il faut faire profil bas, ne pas faire de vagues. Explorer, mais avec la plus grande prudence. Expérimenter avec le système de jeu, mais gare aux erreurs, sous peine de se retrouver bloqué : croyez-moi, vous voulez augmenter en priorité vos caractéristiques de combat. A tout prendre, lancer une première partie pour voir, et recommencer au bout d’une paire d’heures de jeu quand on a compris ce qui nous attendait.

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fabricando fit faber : il va falloir bosser pour survivre !


Gothic II n’est pas le genre de jeu qui se met à la portée du joueur d’aujourd’hui. Il faut se réhabituer aux textures façon 2002, accepter un doublage anglais très inégal… Apprendre à se débrouiller avec des commandes non conventionnelles, se plier aux choix des développeurs : pas de souris dans les menus, verboten la souris ! Ne pas oublier de sauvegarder tous les trente pas, mais pas de quicksave par défaut, ce serait tricher ! Mettre le jeu en pause le temps d’accéder à l’inventaire ? Mais vous voulez rire ? Ah, et si j’étais vous, je songerais à m’adapter au système de combat en temps réel, mais ne vous inquiétez pas, au bout d’une demi-douzaine d’heures et d’une centaine de morts vous vous sentirez comme un poisson dans l’eau. Saumâtre, l’eau.

Chez Piranha Bytes, ils méritent bien leur nom, ils ont du mordant.

Malgré des similitudes superficielles avec son contemporain Morrowind, Gothic II entraîne le RPG dans une direction presque opposée. Si les deux titres incitent à l’exploration, ils le font de manière radicalement différente. On peut facilement jouer les touristes dans l’univers bethesdien : il y a beaucoup à voir, sur une île gigantesque, et tant qu’on ne quitte pas les routes majeures, l’exploration n’est pas très risquée. L’île de Khorinis où se déroule Gothic II est un espace bien plus resserré, mais aussi beaucoup plus dense, chaque pouce de terrain cache quelque chose, une quête, un trésor. Et ce n’est pas la curiosité qui nous pousse à examiner méticuleusement ce qui nous entoure : pour survivre au début de l’aventure, le personnage a besoin du moindre objet sur lequel il peut mettre la main, et plus encore du moindre point d’expérience. Cette concentration s’explique sans doute pas des contraintes budgétaires : si Gothic II est techniquement réussi pour son époque, les développeurs de Piranha Bytes n’ont pas les fonds dont disposent ceux de Bethesda. Ce budget de niche motive au moins en partie une jouabilité différente, la contrainte économique obligeant à creuser une profondeur, là où le RPG américain tend à se déployer dans la surface : abondance d’espace (chez Bethesda), ou de scènes cinématographiques (chez Bioware).

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A la rencontre d’une faune chaleureuse


En ce sens, Gothic II est une expérience originale. Certes, le joueur a toute liberté de mener sa barque et de s’allier avec les différentes factions de l’île, mais la difficulté l’incite à peser les conséquences de ses gestes. Elle renforce de même l’immersion. Paria lâché dans un monde cruel, le joueur doit faire l’amère expérience de la frustration, il se cogne incessamment sa propre faiblesse. Les premières victoires n’en sont que plus satisfaisantes. Quel bonheur de parvenir à acquérir une simple armure de cuir, ou à tuer un pauvre loup ! On va même jusqu’à se réjouir de fouiller les douves qui entourent la ville à la recherche de quelques pièces ou d’épées rouillées qu’on pourra revendre. On met à sac les campements de pêcheur pour se procurer du poisson défraîchi, un véritable trésor.

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Malgré des graphismes datés, les paysages gardent un certain charme, si, si…


Il ne faut pas cacher que Gothic II est parfois répétitif : on fait des va et vient dans les rues de Khorinis, et en rase campagne on avance avec tant de précautions qu’on a parfois l’impression de faire du surplace. Mais l’atmosphère délicieusement cynique, qui a sans doute inspiré les développeurs de The Witcher sauve le jeu de l’ennui. Khorinis, petit port médiéval est un nid de conspirateurs, la milice une bande d’incapables. Les rues de la ville basse son mal famées, les habitants farouches. Sur la place centrale, on peut boire des bières offertes par l’ordre des paladins afin de faire oublier la loi martiale qui pèse sur la ville. On peut fumer le narguilé en plein air, en observant, si le ciel est dégagé, les étoiles filantes qui fusent dans la nuit. Malgré des graphismes datés, les paysages de l’île ne sont pas dépourvus d’une certaine majesté : beaucoup de verdure et des reliefs accidentés, une belle profondeur de champ. Mais qu’on ne se fie pas à la splendeur des panoramas. Les bandits et les monstres se sont répandus sur tout le pays, les fermiers se révoltent contre le pouvoir du roi, et engagent des mercenaires… Sans parler des orcs et des dragons qui rôdent et pourraient bien tout emporter sur leur passage.

Au joueur de se faire une place dans ce monde sans foi ni loi, qui a quelque chose du western médiéval-fantastique : entre le sheriff (la milice royale), les mercenaires, les brigands ou les Indiens (les orcs), il va falloir une bonne dose d’esprit pionnier. Si l’expérience n’est pas à proprement parler de tout repos, elle change du RPG classique, et vaut la peine d’être tentée… Au risque de s’y casser les dents, et d’abandonner, frustré. Mais quand on peut se procurer un jeu d’une telle originalité dans sa version Gold (contenant l’extension Night Of The Raven) pour 10 $, il n’y a pas de raison d’hésiter !

Written by Martin Lefebvre

27 mars 2009 à 11:16

Publié dans Critique

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3 Réponses

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  1. La prudence comme corollaire de la véritable liberté voilà qui permettrait de réévaluer plusieurs titres récents. A commencer par Assassin’s Creed.
    Je vais p’tet me faire engueuler par le proprio des lieux pour le parallèle entre Gothic II et le titre d’Ubi mais il me semble bien que l’ennui ressenti à jouer à AC provenait justement de cette absence de prudence demandé au joueur. Le fait de bondir partout et d’éliminer toute les menaces par la seule force de son déplacement (la plupart du temps je le pousse dans le vide). Peut être est-ce parce que je ne suis plus adolescent que ce type de « trip » (pour citer Rahan) de toute puissante ne me fait plus rien.

    Ce n’est qu’en éprouvant une difficulté, quitte à ce qu’elle soit un peu raide à la Gothic, et en la surmontant de temps à autres (Gothic, commando moi j’ai jamais surmonté) qu’on se permet de vivre une expérience et de la valoriser. On retrouve finalement le vieil adage qui veut qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. C’est ça, je crois, que réussissent Gothic II, Baldur’s Gate, et. et que manquent les AC et autres : valoriser l’action.

    Eidolon

    10 avril 2009 at 08:42

  2. J’ai pas fait AC, mais maintenant qu’il est à trente euros neuf je vais peut-être me laisser tenter, parce qu’à certains moments je suis preneur de jeux où on perd son temps, de bac à sable fastoche où on bondit partout pour tout péter. C’est ce qui me plaît dans Viking par exemple. Ou dans Fallout 3 et Oblivion.

    C’est aussi une question d’énergie à consacrer au jeu vidéo. Quand je rentre crevé du boulot, j’aime bien me détendre avec un jeu facile et immédiatement gratifiant. Gothic II c’est un peu des heures de boulot en plus, certes le jeu est intéressant, mais ces derniers temps j’arrivais pas à y jouer plus de 45 mn avant de passer à autre chose. Et comme le jeu est LONG, qu’on avance par petits pas, ben ça avance pas

    Le problème de Gothic II, apparemment surtout avec l’expansion Night of the raven, c’est que la difficulté est un peu trop brutale. La courbe de leveling est très pentue, si bien qu’on a pas l’impression de progresser passé un moment, et comme un monstre plus fort c’est la mort assurée en un coup, au lieu d’être créatif, on se met à grinder. C’est un peu la limite du jeu, qui provient du système de combat très aléatoire qui ne pardonne rien. Il y a tout de même moyen de produire de la difficulté de manière plus subtile, comme dans les SMT par exemple (qui ne sont pas exempts de grind, loin de là), avec leur système de combat assez complexe.

    Je crois que le meilleur compromis entre difficulté exigeante et facilité d’accès, c’est le rogue-like façon Dungeon Crawl-Stone Soup ou Shiren. Le jeu est très exigent, mais comme je suis nul, les parties ne durent pas des heures, et en plus la mort fait partie de l’expérience. Cela dit les rogue-like sont vachement stressants si tu essayes vraiment de progresser.

    Dans Gothic II il y a trop de die & retry, tu tentes le coup, tu crèves, tu recharges…

    Martin Lefebvre

    10 avril 2009 at 11:47

  3. […] à peu près n’importe quelle machine récente. Tu peux aussi lire ce que j’ai écrit sur sa suite, mais je te conseille de commencer par le premier épisode, dont je suis, comme tu as pu le […]


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