Devant ton écran

Tentative d’épuisement d’un lieu bethesdien

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Appelons le Gaspard W. Gaspard est acrobate, il vient de sortir de prison. Qu’y faisait-il ? Nous ne nous avancerons pas, d’autant plus que ce n’est pas la question. On n’en saura pas beaucoup plus sur son passé. Sa profession d’acrobate, où l’a-t-il apprise ? Peut-être a-t-il été élevé dans un cirque, orphelin ou jeune adolescent fugueur, fils d’un grand seigneur ou enfant de la balle. Tout au plus apprendra-t-on qu’il est né sous le signe de la Tour, ce qui lui ouvrira peut-être des portes, si tant est que la destinée le souhaite.

Il était enfermé, et le voici libre.

Il a profité de la fuite de l’empereur, ce dernier utilisant un passage secret dans la cellule de Gaspard pour fuir des assassins. Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est ce qui s’est passé. L’empereur lui a même confié le destin de l’Empire avant de succomber sous les lames de ses poursuivants. Ces rocambolesques circonstances pourraient inciter Gaspard à se sentir investi d’une mission. Notre personnage pourrait démasquer la conspiration des sbires qui s’en sont pris à l’impériale personne, affronter des légions démoniaques, fermer des portes vers l’enfer. Il pourrait aussi se prendre d’une ambition démesurée, et plein d’un sentiment de revanche sociale, capitaliser sur les maigres compétences acquises lors d’une enfance solitaire, et rageusement gravir les échelons d’une des grandes guildes de l’Empire. On le retrouverait alors, après des mois de labeur, archimage, champion d’arène ou grand maître des assassins. Mais Gaspard pourrait aussi décider d’errer au petit bonheur, dormant sur des paillasses humides, se nourrissant de rapines, explorant des cavernes et des ruines, se glissant dans les maisons des bourgeois endormis pour leur dérober leurs chaussettes. Il deviendrait peut-être vampire, chasseur de trésor, bandit de grand chemin ou ermite.

Gaspard W. a une idée en tête.

Retrouvons le, par la grâce d’une ellipse narrative, à la porte de Chorrol, petit bourg dans les collines à l’ouest de la cité impériale, coincé entre les Hauteurs coloviennes et la Grande forêt. Le symbole de Chorrol est un grand chêne sous lequel les habitants s’entretiennent des nouvelles du jour. Tout cela Gaspard le sait peut-être, mais il n’y songe guère. Il quitte immédiatement la ville par la porte de la Grande forêt, et suit la route vers le sud-est, laissant à sa gauche le prieuré de Wendel. En bas d’une côte, il découvre son objectif, la ferme d’Odil.

Extérieur

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Maison de pierre grossière, au toit de chaume, la ferme a vaguement la forme d’un L. Des mauvaises herbes poussent le sur seuil, mais la porte de bois est résolument close. En faisant le tour de la maison, Gaspard constate la présence de quatre fenêtres. Mais celles-ci sont basses, obscures, et les volets en auvent arrêtent le regard. Comme partout à Cyrodil, impossible d’apercevoir du dehors l’intérieur. Gaspard remarque au nord une sorte de petite dépendance en bois, maladroitement ajoutée au corps du bâtiment. A l’est de la maison s’étend un petit potager, où seuls poussent quelques plants : on trouve des mûres, des carottes, de la laitue, quelques pastèques, des radis et des tomates. Un puits à margelle de pierre sert de point d’eau. Dans l’ensemble, cette ferme est plutôt minable, typique de l’habitat des paysans de Cyrodil. Elle semble à moitié abandonnée, et on se demande de quoi vivent ses habitants. Sans doute pas du produit du potager.

A l’est, en grimpant sur un rocher au bout du potager, Gaspard aperçoit la tour d’argent qui domine la cité impériale, et que des elfes ont bâti il y a bien longtemps.

Intérieur

Né sous le signe de la Tour, Gaspard a toujours eu une affinité particulière pour les serrures. Il lui suffit de s’approcher de la porte et d’étendre la main, pour que le verrou s’ouvre. Il pénètre donc dans la chaumière, où l’attend un travail de recensement.

L’intérieur est sombre malgré la lumière de cinq bougies. Gaspard allume une torche. Ce n’est pas le grand luxe avec ce toit de chaume apparent, et ce sol pavé de grosses pierres plates dont on fait les routes, mais au moins il y a des lits, une cheminée, des meubles, et de la nourriture. Cette relative abondance ne s’explique guère, mais notre porteur de torche n’est pas là pour expliquer quoique ce soit, il se contente d’ouvrir les yeux et de recenser. Peut-être a-t-il quelque chose de l’agent d’assurance ou de l’huissier de justice plus que de l’acrobate. Allez savoir.

La maison semble habitée, et pourtant personne dans les parages. Gaspard n’ignore pas que les habitants ne se manifesteront jamais, et que la maison restera toujours figée dans son aspect actuel, à moins qu’il n’aille s’enquérir des problèmes d’Odil, le propriétaire des lieux, qui se trouve à la taverne du Cheval blanc, à Chorrol.

Il a donc tout son temps.

Il s’agit de procéder avec méthode.

Méthode

Justement, Gaspard n’est pas très méthodique, c’est un lunatique, et il a surtout appris à se contorsionner, à faire des galipettes pour satisfaire son public. Il décide cependant, face à l’importance de la tâche à accomplir, de diviser la chaumière en espaces délimités. S’il n’y a pas à proprement parler de pièces séparées, le logis comporte plusieurs coins, donc chacun a une fonction et qu’on peut considérer isolément. Au nord de l’entrée, un coin coucher avec deux lits : la chambre des fils. A l’ouest, une salle qui comporte une table à manger, un bureau, un foyer de cheminée. Il faut aussi considérer séparément le mur ouest, consacré au rangement. Partiellement isolée par des cloisons lambrissées, la chambre paternelle se trouve entre la cheminée et lachambre des fils. Enfin, au nord-ouest, on accède par trois minuscules marches à la dépendance. Gaspard s’apprête à fouiller la ferme en suivant cet ordre. Il tient à voir de ses propres yeux l’intégralité de ce qu’elle contient, et compte bien – faute de savoir réellement écrire, malgré une année de cours prodigués par un oncle- en dresser mentalement l’inventaire.

Entrée

L’entrée constitue le pied du « L », orienté vers le sud.

De chaque côté de la porte, des renfoncements, où sont entreposés de gros blocs de pierre. Sur le mur, à gauche, un buffet renferme une paire de chaussures en feutre, du fil, trois râteaux.

Sur la droite, contre le mur sud, un tableau pend en biais : il représente des ruines Ayléides, une colonnade circulaire comme on en trouve dans les campagnes de la région. Que signifie ce tableau ? Un goût inexpecté pour l’art chez un des fils, qui aurait rapporté de son apprentissage chez un maître de Cheyindal cette copie, comme son chef-d’oeuvre ? Une volonté d’embellir le cadre de vie, qui passe par l’achat, au marché de Chorrol d’une reproduction bon marché de l’oeuvre d’un peintre rural ? Difficile à dire, même si une chose est certaine : ce tableau se retrouve copié partout dans Cyrodil. Mais ce qui est certain, quand on considère la manière dont la toile est accrochée, et qui sera confirmée par la disposition des autres reproductions c’est que cette volonté d’améliorer le quotidien par le biais de l’art est depuis longtemps passée aux habitants du lieu. Peut-être faut-il y voir les dernières traces d’une mère disparue, femme éduquée, fille d’artisan du livre peut-être, éprise d’Odil au point de le suivre dans … qui voulait partager son amour de l’art, et dont il ne reste de tangible que ces tableaux bucoliques. Ou bien tout simplement ces tableaux sont-ils le fruit d’un échange, un soir de beuverie dans une taverne des faubourgs de Chorrol, avec un marchand ambulant, trop heureux de rouler dans la farine le brave Odil en lui proposant une affaire en or en échange du le règlement d’une note trop salée.

A côté du tableau, deux caisses cubiques interrompent nos suppositions : elles sont empilées, et celle du dessous contient une pièce d’or et un sablier, tandis que celle du dessous renferme une fourchette et un pinceau. Mais ce dernier restera muet : impossible de savoir s’il appartient à l’auteur de la toile.

Chambre des fils

Le coin nord-est de la ferme comporte deux lits, isolés du reste de la maison par une cloison qui les sépare de la chambre du père. Gaspard sait qu’y dorment les deux fils de la maison, « est » et « ouest ».

Le long du mur est, se trouve un buffet en bois, qui contient une carotte, du maïs, et de la viande de mouton. La carotte provient certainement du potager. Par contre, l’origine du maïs et du mouton est incertaine. A vrai dire, Gaspard ne se souvient pas d’avoir de moutons dans tout Cyrodil. Il faut en conclure que cette viande, salée, est importée, transitant peut-être par Anvil.

Plus au nord, au pied du lit, perpendiculaire au mur, se trouve une commode sur laquelle est posée un pied de Nirnroot, plante verte aux reflets bleus, qu’on reconnaît à ses quatre feuilles, et qui est particulièrement recherchée pour ses propriétés alchimiques. Son propriétaire est-il conscient de sa valeur ? On peut le supposer, puisque le pot est posé à l’abri. L’intérieur de la commode révèle ce qu’on peut appeler les vêtements de fête des fermiers : une paire de chaussures en cuir, une autre paire en daim, une tenue bleue et verte, une tunique de lin bordeaux et des vêtements de velours rouge.

Une petite fenêtre, aveugle, perce le mur est. Sur l’appui sont posés une cruche marron et un bol de terre cuite.

Derrière le lit, toujours contre le mur est, un tableau est remisé. Il représente une forêt, et ne diffère guère de facture par rapport à la toile de l’entrée. Un autre tableau est accroché au mur, mais en quinconce. On reconnaît un arbre, sur une place : sans nul doute l’arbre qui symbolise Chorrol.

Contre le mur nord sont entreposés trois tonneaux. Après une inspection méticuleuse de leur contenu, incluant la vérification de l’absence d’un double fond, Gaspard peut affirmer qu’ils contiennent en tout et pour tout une pièce d’or, une torche, et deux pièces de tissu plié. Etrange système de rangement. A même le sol, un sac de toile révèle un encrier et deux pièces d’or. Au mur pend une tapisserie bleue, à motifs géométriques.

A la tête du second lit -c’est à dire au nord-ouest de la chambre des fils-, on trouve un buffet. L’emplacement est insolite, puisqu’il est impossible de l’ouvrir. Sur le buffet sont posés deux grosses bougies allumées, et un autre sac, qui relève du bric-à-brac puisqu’on y trouve sans raison apparente un pantalon bordeaux, coordonné, il faut le noter, et Gaspard n’y manque pas, à la tunique qu’on trouve dans la commode qu’on pourrait appeler « des vêtements de fête », trois pièces d’or et de la farine. On admettra volontiers que les pièces d’or ont pu glisser d’une poche du pantalon, ou d’un autre vêtement jeté là par le propriétaire du sac, ou encore que celui-ci ait voulu les cacher. Mais la raison répugne à considérer des motivations pouvant pousser un fils de fermier à ranger de la farine – de bonne qualité, admettons-le- avec un pantalon en parfait état, et tout à fait mettable pour se rendre à la messe de fête du prieuré tout proche, au risque :

1- De ne plus jamais trouver la farine, tant le lieu est incongru.

2- De répandre cette farine sur le pantalon, le poudrant, et lui enlevant ainsi tout caractère présentable.

Faut-il imaginer, péniblement, comme le fait Gaspard, une quelconque fête rurale lors de laquelle les jeunes gens, avec un symbolisme qu’il ne nous appartient pas de discuter ici, se jeteraient de la farine en poussant des éclats de rire, et en essayant de briller par leur prodigalité (car n’oublions pas que la farine est précieux en ces temps de crise) afin d’impressionner les jeunes filles, quand ils ne poussent pas la témérité jusqu’à répandre le féculent sur leur promise, malgré les demandes répétées de celle-ci, en signe d’appartenance ? Cette fête serait-elle une explication satisfaisante, le fils, après une monumentale cuite, qu’expliquerait facilement une déception sentimentale auprès d’une accorte jeune fille, oubliant la farine dans le sac où il la jeta avec son pantalon, lors de son retour, à l’aube.

A dire vrai, nous capitulons, et préférons, en compagnie de notre personnage, nous transporter vers le lieu suivant de notre enquête, puisque l’examen de la chambre des fils est terminé.

Nous nous contenterons de relever que la fouille du coin nord-est de la maison révèle que le fils « ouest » est particulièrement désordonné, tandis que son frère, « est » s’avère, de bien discutable manière il faut l’avouer, amateur d’art. Si la supposition qui nous arrêtait à l’entrée en considérant le tableau, supposition qui revenait à attribuer l’origine des tableaux aux efforts d’un des fils mis en apprentissage en atelier, si cette supposition s’avérait valable, il ne manquerait pas grand chose pour affirmer que ce fils « est » n’est autre que l’artiste en question.

Passons dans la pièce principale.

[à suivre]

Written by Martin Lefebvre

7 janvier 2009 à 17:29

Publié dans Divagations

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