Devant ton écran

L’oeil au beurre noir (Drakensang)

leave a comment »

Full retro-geek mode : je me souviens que dans les années 80, le succès des Livres dont vous êtes le héros aidant, Gallimard avait publié le jeu allemand L’OEil noir et ses expansions dans sa collection de poche. Jamais le jeu de rôle papier n’avait été aussi proche d’être grand public en France. Pensez, on trouvait dans le moindre hypermarché des livres frappés de cet œil d’ébène, et si je n’ai jamais pratiqué, j’achetais et je lisais compulsivement tous ceux sur lesquels je mettais la main. Débarquant quelques années plus tard jeune boutonneux dans mon club de jeu de rôle, j’eus un peu honte de m’être amouraché de ce faux jeu, qui ne valait pas Donjons et Dragons ! Ce qui était d’autant plus stupide que L’OEil noir est un système parfaitement valable, et qui proposait en sus quelques campagnes plutôt finaudes pour l’époque (je garde un souvenir assez émerveillé du Tournoi des Félons). Tout cela pour dire que j’avais plutôt envie d’aimer le Drakensang de Radon Labs, adaptation en CRPG de la licence.

Et au premier abord, il n’y a rien de détestable pour qui apprécie les RPG teutons. Le moteur graphique ne manque pas d’attrait et met bien en valeur un décor soigné encore que classique. Certes, on baille aux corneilles quand le jeu débite ses lieux communs sur la malédiction ancestrale des dragons de l’élu, mais pour le reste les tropes sont utilisés de manière plaisante : après tout il y a quelque chose de confortable à se retrouver en terrain connu, avec ces nains alcooliques, ces brigands au grand cœur, ces magiciens farfelus… Et puis passé un premier "niveau" en guise de tutoriel campagnard, la découverte de Ferdock, une vaste cité médiévale plutôt animée… Ce n’est pas tout à fait aussi réussi que la Wyzima de The Witcher ou la Rabanastre de FF 12, mais la promenade n’est pas désagréable, entre les docks peu fréquentables et les places poudreuses. Le tout avec la petite originalité d’être campé dans une fantaisie légère où la magie se fait discrète, plus proche de la cape et épées que de la high fantasy style Seigneur des Anneaux.

Comme l’écrit Kieron Gillen sur Rock, Paper, Shotgun,  jouer à Drakensang, c’est comme "faire une partie de jeu de rôles avec un maître de jeu compétent mais peu inspiré", ce qui n’est déjà pas si mal. En effet, du jeu de rôle sur table, Drakensang reprend une certaine idée de l’ouverture, exploitant un système de jeu très complet, basé sur les compétences. Il y a vraiment quelque chose de plaisant à modeler ses feuilles de personnage, développant l’alchimie de l’une, apprenant une feinte à l’autre, maîtrisant la forge, l’étiquette ou la botanique… C’est la liberté de jouer à la poupée. Si les traits des aventuriers sont fixés, comme l’équipement ne joue pas un rôle déterminant dans le système de combat — il y a peu d’objets magiques –, tu disposes de toute une panoplie d’armures et de couvre-chefs afin de modifier leur apparence, amazone total métal ou bateleur très cuir…

Radon Labs a fait un travail d’artisan plutôt respectable, à ceci près qu’un élément essentiel du genre a été négligé… Le système de combat est ainsi d’une indigence crasse, entre l’IA famélique des adversaires, leur faible nombre, et peut-être plus grave, le spectacle ridicule offert par les affrontements. Oh, on ne s’éclate pas plus que ça dans les bastons de The Witcher, mais au moins Geralt a la classe quand il mouline. Les combattants de Drakensang ressemblent à des pantins tremblotants qui tapent dans le vide, et quand en plus il faut se taper pour la vingtième fois un groupe de rats géants, on perd patience. C’est d’autant plus frustrant que les phases d’exploration et d’aventure auraient presque pu suffire, mais il a évidemment fallu que les développeurs gonflent leur jeu de pénibles donjons, aussi excitants que des journées de tracasseries administratives. L’atonie de ces combats est d’autant plus marquante que nous disposons avec Dragon Age : Origins et ses combats passionnants d’un assez cruel point de comparaison. Conséquence logique, on perd le fil au bout d’une dizaine d’heures.

Après avoir donné à Drakensang une suite, pour le moment inédite hors d’Allemagne, le développeur a connu quelques soucis financiers, mais un Drakensang 3 serait déjà sur les rails. Disponible pour une vingtaine d’euros, Drakensang est un jeu moyen, qui peut faire illusion quelques heures mais qui ne tient pas réellement ses promesses. Pas vraiment original, il constituerait une œuvre de genre compétente s’il n’oubliait pas le joueur, le condamnant à l’ennui, la faute au système de combat mais aussi à une lenteur de déplacement énervante. Ainsi, le jeu est plutôt une curiosité un peu ratée, loin des sommets actuels du genre (par exemple le trio The Witcher, Risen, Dragon Age). Pas du vol, mais éminemment dispensable.

About these ads

Written by Martin Lefebvre

20 août 2010 at 18:04

Publié dans Critique

Tagged with , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: