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Rise Above (Risen)

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Dans le paysage vidéoludique contemporain, où tout n’est que poli, fluidité, et vertige du tour de manège, Risen tient du monolithe archaïque, l’action-RPG allemand étonne dès l’abord par sa densité rugueuse. Le scénario-cliché, avant tout prétexte à l’exploration, résume les enjeux : sur une petite île, soudain jaillissent des ruines mystérieuses ; elles recrachent une armée de monstres, et dissimulent des trésors infinis.

Tout est là. La difficulté hargneuse d’abord, qui met incessamment le joueur en danger. Le système de combat en temps réel, s’il manque de finition, avec son IA rudimentaire et ses animations  cliquetantes, a le mérite de pousser à la plus extrême prudence. Cramponné derrière son bouclier, il s’agit de guetter l’ouverture, et la moindre imprudence condamnerait au quickload. Significativement, le personnage, loin de faire le fier, ahane péniblement lorsqu’il s’agit de placer un coup. Comme lui, le joueur a le souffle court quand il se confronte à l’accueillante faune local. Il y a   du jeu de survie dans Risen, du moins dans les premières heures, le joueur est toujours à court de quelque chose, incitation à poursuivre l’aventure pour satisfaire ses besoins. Ainsi, on avance par petites incursions en terrain hostile, fouillant un mausolée, grattant les tombes en espérant ramener quelques pièces d’or, ou des armes rouillées à revendre. Et c’est cette progression qui rythme de manière remarquable les premiers chapitres du jeu, avant que l’histoire – et surtout un budget de développement réduit – n’impose un tournant plus classique vers l’exploration de donjons, et une fin escamotée.

Mettons que durant les vingt premières heures, le joueur curieux découvrira l’île dans ses moindres recoins. Il ne faut pas s’attendre à une étendue comparable au Wasteland de Fallout 3. Piranha Bytes n’a pas, avec sa vingtaine de développeurs, les moyens du géant Bethesda. Mais ce qui est perdu en surface est regagné en densité. Le moindre coin de l’île a été pensé pour l’exploration, et les développeurs ont parsemé le terrain de points d’intérêt, ainsi que de trésors cachés pour récompenser l’obstination  de l’aventurier.  Mais plus encore que ces petits cailloux blancs typiques du RPG, c’est la topographie elle-même qui incite le joueur à chercher un chemin vers les haut plateaux qu’il aperçoit à l’horizon. Des ruines souterraines aux repères de pirates, en passant par les marais poisseux et les jungles escarpées,  Faranga propose un décor varié et fascinant, île au trésor qu’aurait goûté Stevenson. Si les modèles et les textures laissent à désirer, un beau travail a été fait sur les conditions atmosphériques et les jeux de lumière, et pour peu qu’on dispose d’une configuration musclée, on se souviendra d’une bataille acharnée contre des gnomes un soir de tempête, dans des ruines zébrées d’éclair, ou de l’atmosphère lourde des catacombes peuplées d’hommes-lézards et de squelettes. Il faut surtout insister sur l’art consommé des architectes de Piranha Bytes, qui s’entendent comme personne à créer un espace en trois dimensions à la fois crédible et ludique; on reconnaît leur patte à cette manière de placer une volée de marche pour fermer une perspective, à ces plis dans le terrain pour multiplier l’espace de jeu, à ces gouffres qui ouvrent des panoramas lointains…

Conscients de la fascination qu’exerce l’espace de jeu qu’ils ont crée, les développeurs laissent le joueur s’y perdre longuement grâce à une série de quêtes au cœur du jeu qui consistent tout simplement à déterrer des trésors et à vaincre des ennemis disséminés aux quatre coins de l’île. Ce qui serait vu ailleurs comme facilité a ici la limpidité d’une évidence : invitation à crapahuter sur un magnifique terrain de jeu ouvert.

Si le cœur du jeu est consacré à l’exploration de l’île, Risen n’oublie pas pour autant les moments plus narratifs, notamment au début, lorsque le héros fait la connaissance des locaux. Ainsi, on passera quelques heures dans les rues mal famées de port Faranga, ou encore à enquêter dans un Monastère qui fait songer au Nom de la rose. Si certaines alternatives, comme le choix de se mettre au service de l’Inquisition ou de la mafia du Don manquent un peu de finesse, pas de quoi rougir, même face à la production d’un Bioware. Dans l’ensemble, les dialogues font mouche, avec l’ironie qu’on connaît aux scénaristes de Piranha Bytes, ces derniers nous ayant habitués aux galeries de beaux salauds et au cynisme rigolard. Ces phases n’oublient pas le game design qui fait la force du titre. Ainsi, la possibilité de recourir à plusieurs moyens pour résoudre une situation, dans la plus pure tradition du RPG occidental. Mais surtout la manière dont l’économie de survie dans laquelle est placée le héros le pousse vers des choix peu évidents. On est vite écœuré des deux factions principales qui se disputent l’île : difficile de se décider entre un ordre religieux pour le moins autoritaire et une pègre totalement amorale. Oui, mais pas le choix : il faut parier. En effet, le personnage jeté sur la plage suite à un naufrage, est bien vite rattrapé par la misère, et faute de rejoindre un camp il se retrouvera peut-être incapable de se payer une chambre d’auberge, clochard assis sur un banc pour passer la nuit, et perdu dans d’amères méditations sur la cruauté du destin. Moment mémorable parmi d’autres, et qui font toute la spécificité de Risen : on est bien en peine de trouver pareille expérience chez ses contemporains.

Par contre, les habitués des Gothic l’auront compris, Piranha Bytes trace toujours le même sillon, reprenant inlassablement les thèmes et les mécanismes des deux premiers épisodes d’une série dont leur ancien éditeur, Jowood, a gardé les droits. Attitude en un sens compréhensible : après les problèmes rencontrés par le trop ambitieux Gothic 3, les développeurs avaient besoin de se refaire une crédibilité. Mission parfaitement remplie, Risen, dans sa version PC du moins, est un jeu parfaitement stable et fini. C’est aussi un des meilleurs RPG de l’année, grand jeu d’exploration. Mais on ne peut s’empêcher de regretter la trop vive ressemblance entre la dernière production de Piranha Bytes et ses brillants prédécesseurs. Malgré d’indéniables améliorations dans les détails et le moteur de jeu, Risen tient un peu trop  du remake déguisé de Gothic 2, au point qu’on conseillerait volontiers aux néophytes  qui ne disposeraient pas d’un PC moderne de se pencher sur les deux premières œuvres du studio, d’autant plus qu’elles se trouvent facilement en ligne, et qu’elles ont plutôt bien vieilli.

Anomalie topographique, parfois râpeux, peut-être un peu conservateur, Risen n’en demeure pas moins une expérience ludique captivante, pour peu qu’on ne craigne pas la sévérité d’un action-RPG qui n’hésite pas à malmener son joueur. On n’en goûtera que plus la grisante sensation de progression, de la quasi mendicité à la gloire, de la crainte au triomphe, vertige de la conquête.

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Written by Martin Lefebvre

3 août 2010 à 15:57

Publié dans Critique

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3 Réponses

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  1. Salut,

    je dois dire que j’avais su éviter cet écueil qu’était pour mon "travail" Risen, et que ton premier paragraphe (ainsi que l’acharnement d’un ami sur Gothic3) m’ont fait trébucher.

    Et je crois que niveau esthétique c’est un des jeux les plus réussis auquel j’ai joué. Tous les espaces sont pensés et grouillent de petites choses (parfois vivantes)… bref, j’y retourne! Salut!

    Eidolon

    21 août 2010 at 12:13

  2. Le gros défaut de Risen c’est qu’il ressemble vachement aux deux premiers Gothic, qui restent de super jeux (dispos sur GOG notamment), donc qu’il n’invente pas grand chose. Mais ça reste un grand jeu d’exploration.

    Gothic 3 je l’ai mais pas encore commencé. Je sais plus si c’est sur cette bécane ou sur la précédente que j’ai essayé de le lancer, mais il ramait pas mal, apparemment l’ambition de PB les a un peu malmenés… Par contre il paraît qu’il a été patché par la communauté, et qu’il est devenu très intéressant… Faudra que je mate ça, mais j’ai aussi à peine avancé dans Gothic 2 Gold qui est assez violemment dur, bien que génial…

    Le 4 sort dans quelques mois je crois, mais c’est une autre équipe de dév, puisque Jowood a gardé la licence m’est s’est séparé de Piranha Bytes.

    Martin Lefebvre

    21 août 2010 at 14:52

  3. [...] une curiosité un peu ratée, loin des sommets actuels du genre (par exemple le trio The Witcher, Risen, Dragon Age). Pas du vol, mais éminemment [...]


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